15 avril 2022

Dégustation chez Arnaud Lambert (St Just sur Dive - 49)

Après une mémorable visite des vignes et de la cave, suivie d’une dégustation puis d’un repas chez Arnaud Lambert (ICI), la crise du CoVid nous avait un peu éloigné. 3 ans d’attente c’est long. C’est trop long. C’est pourquoi avant de retrouver notre cellule de pèlerinage (à Fontevraud), nous avons pris RDV chez Arnaud, pour un tour des crus.

Malgré le temps, rien n’a changé. L’accueil, la sympathie d’Arnaud et sa disponibilité. Ah si, les vins se sont (encore) bonifiés.

Quelques impressions à la volée sur 3 millésimes parfaitement maîtrisés.


Les rouges

Saumur, clos Mazurique 2020 : fruit intense au nez, avec une belle maturité. Une bouche sérieuse, avec une corpulence mesurée. Finale sur une fine amertume végétale. Belle entrée de gamme. Bien

Saumur-Champigny, Terres Rouges 2021 : Grande élégance au nez. Fruit profond et suave. Trame acide en bouche allongée, persistante. Finale allongée. Un vin sur un bel équilibre fraîcheur / élégance / allonge. Bien ++

Saumur, clos du Tue-Loup 2019 : un nez qui dégage une impression de volume, un grain tannique et fruité, sur la fraise écrasée, avec du peps. Bouche sur une trame acide vibrante, un grain fruité sapide, du caractère, une pointe épicée en finale. Très Bien

Saumur-Champigny, la Montée des Roches 2019 : un supplément de corpulence, d’élégance et de complexité sur ce vin, construit sur des bases similaires. La bouche semble plus ronde, plus avenante, avec un supplément enveloppant en finale. Superbe rétro-olfaction sur la fraîcheur. Très Bien +

Saumur-Champigny, Clos Moleton 2018 : nez profond et intense, crémeux, une touche poudrée. Un fruit parfaitement mûr. Bouche tramée sur un poudrage fin, un fruité en deuxième ligne qui pointe le bout de son nez, une épice fine et une finale laissant une grande empreinte. Excellent +


Les blancs

Saumur (terroir de Brézé), clos du Midi 2021 : aromatique sur les fruits jaunes, plutôt pêche. Bouche sur une trame acide ne cachant pas son côté gras. Vin immédiat, peut-être un peu court. Bien

Saumur (terroir de St Just), les Perrières 2020 : du caillou, un côté cristallin au nez, sur la fraîcheur. Bouche suave et salivante, dégageant une grande énergie. Notes aromatiques sur la fin de bouche, entre menthol, muscat et fruits jaunes. Claquant. Très Bien (+)

Saumur (terroir de Brézé), clos David 2019 : un chenin ciselé, cristallin, glacial … mais qui réchauffe nos papilles ! Acidité sur le tranchant, parfaitement maîtrisée. Jeune aujourd’hui. Sans doute un beau potentiel. Très Bien

Saumur (terroir de Brézé), clos de la Rue 2018 : nez superlatif, aérien, frais et élégant. Un chenin qui brèze comme j’aime à le dire. Bouche déjà complexe, laissant une longue, large et profonde empreinte. Acidité qui se conjugue parfaitement avec le gras. Excellent (+)

Saumur (terroir de St Just), coulée de St Cyr 2018 : style différent mais qualité et plaisir identiques ! Un vin traçant construit sur une acidité redoutable, mais pas que car sinon, nous aurions perdu nos papilles. Or, la bouche est aussi complexe, avec un joli gras qui complexifie l’ensemble. Finale salivante et claquante (j’en salive à écrire ce CR). De la garde à prévoir pour un rendement optimal. Excellent (+)

Saumur (terroir de Brézé), Bourguenne 2018 : le parangon du Grand Chenin. Aujourd’hui bien trop jeune mais la tentation est déjà grande. Rondeur (un peu d’élevage mais aux antipodes de cette description de « vin technologique » que j’ai pu lire), grillé, allonge, expression retenue qui ne demande qu’à s’ouvrir et s’amplifier en bouche … pour ne plus finir. Un vin exceptionnel pour dans 15 ans !


Avant de repartir, Arnaud nous a fait le plaisir de nous proposer deux « vieux » millésimes.

Saumur, Clos David 2014 : légère réduction à l’ouverture, puis apparition de notes truffées, une aromatique florale complémentaire qui n’est pas en reste. Impression d’élégance grasse. Bouche équilibrée, sur une énergie folle, de la mâche, une structure allongée, salivante, une (encore) très belle acidité. Finale ciselée, laissant une impression cristalline. Superbe !

Saumur (terroir de Brézé), clos de la Rue 2010 : le premier millésime de ce cru vinifié par Arnaud, avec une légère sucrosité, une douceur type « Layon ». Bouche fraîche, veloutée, sur une belle trame acide. Acidulé en finale, sur des notes de cailloux chauds. La pointe sucrée, si elle est à peine perceptible, m’a sans doute un peu dérangé pour apprécier ce vin à sa juste valeur.


Retrouvailles heureuses. Si nous avons vieillis depuis 2019, le plaisir de partager de belles bouteilles avec Arnaud ne s’est pas évaporé. Une nouvelle fois, la gamme a encore progressé.

Merci à Arnaud de son accueil et de sa disponibilité. A très bientôt.


Bruno


C'est très bien "Chez Odette" (Saint Nicolas de Bourgueil)


Prélude à cette semaine de vacances, un court détour dans le vignoble tourangeau, pour une découverte, le bistrot « Chez Odette » ouvert très récemment par le domaine Frédéric Mabileau pour lequel nous avons une tendresse particulière.

En ce vendredi d’avril ensoleillé, nous avons pu profité pleinement de la terrasse, de l’air doux et de ce sentiment de « déjà presque vacances » tant l’ambiance y était calme, paisible et accueillante, sous l’œil amical et précis de Nathalie Mabileau.

Menu bistrotier en trois services, qui change toute les semaines.


Asperges blanches, vinaigrette à l’œuf cassé, estragon et amandes

St Jacques snackées, bouillon à la citronelle, poireaux et shitackés


Parmentier de bœuf, purée de carottes au cumin, échanlotes confites


Mousse au chocolat, graine de sarrasin torréfiées

Tatin de pommes, crème fraîche, glace vanille de Madagascar


Une qualité au top, des associations et saveurs parfaitement dosées, un service décontracté et précis, un style « familial » et une carte des vins tourangeaute avec des vins du domaine, à des prix doux.


Pour accompagner le repas, nous avons choisi une bouteille de :

Saumur, Chenin du Puy 2018, Frédéric Mabileau : magnifique nez sur une aromatique très fruitée, entre fruits jaunes et pêches, impression solaire bien dosée et équilibrée. Pointe grasse saline qui nous fait frissonner. Super salivant déjà. Bouche qui file vers le plaisir, presque d’une façon gouleyante. Mais la structure n’est pas bien loin. De la matière, une mâche en bouche presque « tannique », comme je les aime. Equilibre entre la vivacité de la jeunesse et le sérieux du cru, sur un triptyque opulence / acidité / gras. Finale qui nous emporte avec des notes de zan, des amers fins, une pointe saline et une allonge superlative. Excellent +

Avec le Parmentier … une bouteille de Saint Nicolas de Bourgueil, Eclipses n° 12, 2015 : un nez sérieux, profond, de la sève, construit sur un équilibre très fruits noirs. On y retrouve la droiture du Cabernet franc … mais également son côté fruité et enjôleur, sans ces satanés notes de poivrons encensées dans les bistrots parisiens. Pas de ça ici § De la maturité, du fruit et une structure. Ce vin se montre sous un visage très jeune en bouche, marquée par une assise droite et allongée. Acidité légèrement granuleuse, qui vient se compléter avec les tannins, déjà bien arrondis. Ce grain en bouche est salivant, et très plaisant. Finale sur unebelle longueur, un poil réglissé pour augmenter sa trace. Gros potentiel de plaisir et de garde. Aujourd’hui Très Bien +, demain certainement Excellent +

Avec la tatin, il ne fallait pas repartir à vide, nous avons pris un verre de Vin de France, « Pet’ Nat’ », cuvée Orgasmic : un clin d’œil de feu-Frédéric Mabileau qui nous avait fait goûter en avant-première ce vin lors d’un Salon. Une sorte d’OBNI. Une belle bulle, sèche, aux accents muscatés (style Moscato d’Asti de Pelissero par exemple). C’est frais, vif, aromatique, sur les fleurs blanches, dessinant un joli grain. Une belle manière de terminer un moment d’exception. Très Bien


Si on connaissait le domaine, ses vins et son sens inné de l’accueil, voilà maintenant qu’il décline ce « savoir-recevoir » au service d’une assiette bistronomique. Bravo à Nathalie Mabileau pour ce souffle nouveau très prometteur. Toutes nos félicitations à l’ensemble de l’équipe. Nous vous souhaitons une belle continuation dans ce projet déjà bien abouti.

A très vite en Touraine.


Bruno


10 avril 2022

La retraite, ça se fête !

Un départ en retraite, cela se fête, mais en bonne compagnie et avec des condisciples qui apprécient la bonne chère. Voilà ce qui fût fait dans les règles de l’art en ce dimanche des rameaux.

Repas en petit comité, mais en comité de qualité. Je n’ai pas été particulièrement assidu puisque je n’ai pris qu’une photo des bouteilles, et que je n’ai pas consigné mes notes de dégustation. Ce sera donc un compte-rendu à minima, qui a été avantageusement relaté par l’ami Oliv, sur LPV.

Encore une fois, nous avons passé une belle journée. Nous avons bien mangé, bien bu et bien ri. Ces moments sont toujours aussi précieux !


Champagne Grand Cru, Georges Vesselle : un quasi blanc de noir (90 % de Pinot noir et 10 % de Chardonnay) construit sur un équilibre minéral, une belle trame allongée, une bouche vive et un habillage fruité très charmeur. Une pointe d’évolution apporte une complexité sur de beaux amers fins. Certes, c’est un champagne de gastronomie qui accompagnerait avec bonheur des volailles (pintade), mais il fait bien le job pour nous ouvrir les papilles. Très Bien +

Chablis, Grand Cru les Clos 2008, Vincent Dauvissat : un nez « homme mort » à l’ouverture, sur une minéralité intense, profonde, sur les coquilles d’huitres. Après aération, le vin s’est stabilisé. Trame acide minérale de très belle facture, tension en bouche sans être décharné. Pointe grasse légère, notes à peine miellées. C’est grand et tendu. Ça imprègne les papilles. Beau dialogue avec le gras du plat. Excellent

Nuits Saint Georges, premier cru les St Georges 1990, domaine Georges Chicocot : petite frayeur à l’ouverture, le vin est mutique, la bouche est plutôt raide. Laissons faire le temps au temps. Lors du service, le vin a repris de la vigueur. Sa robe diaphane a repris des couleurs. Le nez devient tertiaire, notes de sous-bois et de champignons, sur un substrat fruité encore présent. L’acidité est bien équilibrée. Les tannins sont toujours présents, avec une forme de rondeur. Sans doute une bouteille pas au niveau des précédentes qui s’étaient révélées exceptionnelles. Beau concerto avec la viande, sur un registre de douceur. Très Bien +

Chambertin Grand Cru 2003, domaine Louis Rémy : On est là sur un vin plus immédiat, plus consensuel. Robe profonde et intense. Nez sur les fruits noirs, de belle maturité, mais sans le compoté fatiguant du millésime. En bouche, un vin charpenté, sur une belle rondeur. Notes sudistes développées, pointe épicée. Cela me réconcilie un peu avec le domaine. Très Bien ++

Corton-Charlemagne Grand Cru 2010, domaine Rapet père et fils : structure minérale intense, vin charpenté presque tannique, une acidité d’une folle jeunesse qui me (nous) laisse penser que ce 2010 est encore un bébé. Superbe empreinte finement saline. Elevage totalement intégré. Superbe finale mentholée. Excellent +

Vin Jaune d’Arbois 1990, domaine Jacques Tissot : une robe évoluée, jaune tirant largement sur un vieil or brillant. Un jaune puissant, des fragrances sur la fraîcheur et l’acidité, aromatique classique sur le curry, mais sur un registre frais et délicat (pour un jaune). Bouche riche et tendue, avec de l’énergie. Encore une fois, la longueur s’exprime sur un registre toujours frais et dont le côté jaune est élégant. Excellent +

DOCG Moscato d’Asti 2019, Agr. Pelissero : un bonbon de douceur, sur une aromatique fruitée superbe, entre pamplemousse, abricot et pêche. Douceur / sucrosité tout en mesure, avec une acidité ronde. Salivant sur la finale. Une vraie gâterie qui se marie parfaitement avec les fraises. Très Bien +


Voilà, le premier acte d’une nouvelle vie débute. En guise de conclusion, je reprendrai les dernières phrases de mon mail de départ professionnel :

N’oubliez jamais, comme le disait l’un de nos anciens Présidents, que « la vieillesse, c’est d’abord perdre la curiosité ». Restez vigilants, sur tout, à tous propos, en toutes occasions. Il y aura toujours des Larzac personnels et collectifs à défendre.

Je vous souhaite une belle continuation et toutes les réussites personnelles et professionnelles … Je pars l’esprit propre, les consignes passées, un système qualité robuste et une connaissance organisationnelle consolidée.


Le prochain acte se déroulera en Normandie, sous un ciel azuréen et un soleil de plomb.


Bruno