5 novembre 2018

La Levée de la Loire (à Paris)

 
Le Salon « Levée de la Loire » se tenait aujourd’hui à Paris, rue Saint Dominique, l’occasion pour gouter les derniers millésimes de quelques vignerons que nous suivons depuis longtemps. Visite éclair pour confirmer le bien fondé de nos précédentes appréciations
En route (dans l’ordre de dégustation) …

Domaine Frédéric Mabileau
Anjou, Chenin des Rouillères 2017 : une belle tension au nez, accompagnée d’un gras élégant et justement dosé. Bouche fraîche, immédiate, avec un côté claquant sur la finale. Simple mais très bien fait. Très Bien
St Nicolas de Bourgueil, les Rouillères 2017 : nez mur, avec un joli fruité sur la cerise, une pointe poivrée en sus. Bouche fraîche, assez complexe, entre une touche terrienne et un saveur gouleyante. Très Bien +
Bourgueil, les Racines 2015 : un nez avec un caractère très vineux, une concentration bien équilibrée. Bouche jeune mais qui possède déjà une belle mâche. Finesse des tannins et pointe acidulée en devenir, sur un soyeux de bon aloi. Excellent
St Nicolas de Bourgueil, les Coutures 2015 : un vin sur un équilibre plus « 2014 » que « 2015 ». Potentiel de grande bouche dans 10 ans. Tannins crémeux avec un grain expressif. Potentiellement Excellent (+)
St Nicolas de Bourgueil, Eclipse n°11 2014 : je pourrais presque reprendre mes notes de la dernière dégustation. Quelle grande et noble maturité au nez, quelle fruité intense et élégant, presque bourguignon. Bouche sur un équilibre magistral, fine, élégante et équilibrée. Pointe glycérinée noble. Finale exceptionnelle, qui voit le retour d’un équilibre droit, tendu et traçant, typique du grand Cabernet Franc. Sera Exceptionnel

Domaine François (et Carine) Crochet
Sancerre blanc, 2017 : un nez sur un fruité variétal mur, sans verdeur, sans les travers du cépage. Bouche immédiate, presque bonne à boire. Le vin de copain bien fait. Très Bien
Sancerre blanc, les Amoureuses 2017 : un fruité plus enrobé et plus « sérieux » au nez. Une belle définition de bouche, assez vineuse et avec du charme. Très Bien ++
Sancerre blanc, Exils 2017 : un vin minéral, de cailloux ! Bouche tellurique, dégageant une forte énergie, sur un substrat présentant une acidité noble. Excellent
Sancerre blanc, Grand Chemarin 2017 : finesse poudrée presque calcaire au nez. Une bouche complexe, un gras enrobant une trame acide. Finale très allongée, avec toujours cette sensation de minéralité poudrée. Excellent (+)
Sancerre blanc, Petit Chemarin 2017 : un vin sur la finesse, presque évanescent. Energie calcaire fine. Une fausse impression de finale courte, car un retour salin du plus bel effet allonge le vin et le complexifie. Une autre lecture des terroirs de Sancerre, toute aussi intéressante. Excellent (+)
Sancerre blanc, Chêne Marchand 2017 : un air de famille avec le précédent, mais avec une impression plus ronde et plus grasse. Sans doute pas en place aujourd’hui. Très Bien ++
Sancerre rouge, 2017 : des fruits rouges, une impression de légèreté, une pointe fumée et une sorte de tendresse. Déjà bon à boire ? Très Bien +
Sancerre rouge, réserve de Marcigoué 2016 : du vin, et quel vin ! Base fruitée et épicée, des tannins fins mais avec une mâche salivante. Finale claquante. Grand potentiel de vieillissement et de plaisir. Il faudra être un peu patient. Excellent +

Domaine Pierre Sourdais
Chinon, les Rosiers 2017 : fruité léger au nez, bouche un peu variétale, avec un retour intéressant sur de fins amers en finale. Très Bien
Chinon, Tradition 2017 : impression de concentration au nez, sur des fruits noirs. Bouche concentrée, de la mâche et sur un équilibre frais. Belle allonge avec de tendres aspérités en finale. Quelques notes variétales. Très Bien +
Chinon, cuvée Stanislas 2015 : Grand nez vineux déjà un peu évolué. Notes fumées. La bouche est en place, détendue, dégageant une sorte de zénitude. Fraîcheur intense des tannins, jusque dans la finale étirée. Déjà presque bon à boire. Excellent (+)
Chinon, les Boulais 2014 : un grand nez de Cabernet Franc mur. Elevage à peine perceptible. Fruité bien dosé et supportant la trame corpulente du vin. Tannins abondants et puissants, avec un grain bien marqué. Pointe poudrée sur la finale, qui laisse une grande impression. Excellent ++

Domaine Catherine et Philippe Delesvaux
Anjou, Feuille d’Or 2017 : un équilibre tendre, demi-sec qui sait garder sa tension et sa fraîcheur. Belle rondeur sur la finale, l’ensemble étant très aromatique. Très Bien +
Anjou, Authentique 2017 : impression de grande et belle maturité. Tension « perlante », grande bouche sur un équilibre totalement sec. Un côté cristallin habillée d’une aromatique complexifiant la trame du chenin. Excellent (+)
Anjou, Le Roc (Cabernet Franc) 2016 : un fruit sur la cerise qui révèle une maturité optimale du raisin. Immédiatement de la bouche, avec des tannins crémeux et une légèreté (sans doute liée à un degré alcoolique de 12°). Simple mais diablement bon. Très Bien +
Anjou, Montée de l’Epine (Cabernet Sauvignon) 2015 : premier nez clairement sur la réduction. Après aération, floralité aromatique sur le menthol et la violette. Corbeille de fruits gorgés de soleil. Une bouche détendue, certes jeune, mais déjà bien constituée. Excellent (+)
Coteaux du Layon, Passerillé 2017 : gourmandise au nez comme en bouche. Pas une longueur phénoménale mais une empreinte sur la finesse et une sucrosité mesurée. Très Bien
Coteaux du Layon, Les Clos 2016 : Les Clos c’est les Clos ! Valeur sûre et rapport Qualité/Prix imbattable. Amertume rôtie, charge sucrée mesurée mais bien présente, aromatique douce. Même si le vin est un peu « fermé », c’est toujours Excellent
Coteaux du Layon, Sélection de Grains Nobles 2015 : le (très !) grand frère du précédent, avec partout un supplément de constitution. Liqueur noble en bouche évoquant un vieux cognac, rondeur traçante, trame acide en filigrane qui empêche le vin de basculer vers le côte obscur (les « Layon » pâteux de notre jeunesse). Grandiose finale. Exceptionnel

En conclusion, un très agréable moment qui nous a permis de confirmer la qualité des domaines visités. RDV est pris pour le Salon des Vins de Loire de février prochain pour « surveiller » leur évolution.

Bruno

3 novembre 2018

Une (grande) déception

Grande déception en ce samedi soir après un dîner qui ne restera pas dans les annales de mes expériences gastronomiques. Je plante le décor. Paris-14°, La Cagouille, un restaurant de poissons et fruits de mer (pour les non allergiques bien sur !), menu annoncé à 35 € entrée/plat/dessert, carte des vins paraît-il à faire rêver avec des noms tels que DRC, Lafon, Leroy, Roumier, de Vogüe, …
Tout était donc réuni pour un agréable moment. Et c’est là que cela se gâte (et je n’ai pas pour habitude de « descendre » les restaurants, ma politique étant dans l’ensemble « ignorer plutôt que dénigrer »). Mais, la note salée de 200 € à deux dont 120 € de repas (une bouteille de Palette, château Simone 2015 facturée à 78 € semble-t-il dans les tarifs, quoique sans doute un peu cher) me pousse à réagir négativement pour une fois.

Côté plats :
En entrée, il me fût servi une salade de saumon cru pour « respecter le produit ». Et c’est réussi : le saumon était quelconque, avec un vague assaisonnement citronné sans intérêt. A la limite, je préfère mon menu « Sashimi » chez Izu avec une sauce soja qui apporte un vrai plus.
Pour les « calamars frits » de l’ami Jean-Paul, c’était bon mais sans plus.
En plat, les noix de saint jacques, vinaigrette tiède présentaient une cuisson parfaite, à la fois snackées et nacrées. Toutefois, à 38 € le plat, on attend un peu plus (d’autant que les noix étaient vraiment petites). Décliner le plat en entrée me semblerait une bonne solution, plus modérée en terme de prix.
Pour le « saumon cuit à l’unilatéral », c’était aussi bon mais sans plus.
Conclusion, l’impression d’une cuisine qui n’apporte pas de valeur ajoutée. Je préfère 100 fois les St Jacques ou le saumon de Madame …

Côté vins :
Quant à la carte des vins, encore une incohérence. Pourquoi présenter tant de grandes bouteilles de rouge alors qu’il n’y a pas de viande au menu ? Pour le fromage
Parmi les blancs, quelques belles références à prix relativement modique, mais dès qu’on aborde la bourgogne, les prix s’envolent (sauf peut-être sur Chablis).
Finalement, une carte pas si intéressante que ça !

Conclusion :
Bref, une grande déception qu’il fallait noter et souligner (et qu’il faudra vite oublier). Nous sommes clairement dans un restaurant parisien bobo / gogo : la preuve, l’établissement n’était pas complet (et de loin) un samedi soir. Trop cher en l’état !

Bruno

31 octobre 2018

Souvenirs de Bourgogne

Quelques souvenirs en images d’un week-end bourguignon ensoleillé et estival.

Romanée-Conti et autres Grands Crus de Vosne

Pernand-Vergelesses et la colline de Corton

L’Hôpital de Meursault

Saint Romain

Bruno
        

20 octobre 2018

Bonheur et rêves au restaurant gastronomique de l'Hostellerie de Levernois (21)

Il est des habitudes tenaces, d’autant plus que d’années en années, le plaisir est non seulement au rendez-vous mais semble samplifier, un peu comme les vins de Bourgogne. Le diner gastronomique à la table du restaurant de l’Hostellerie de Levernois en est un. Dans l’attente d’une décennie de séjours à célébrer en 2019, le mot d’ordre 2018 était « carte blanche ». Carte blanche orchestrée de main de maître par Nicolas Geoffroy, le chef-sommelier qui nous a concocté, avec la collaboration du chef Philippe Augé, une double surprise : le menu dégustation en 4 plats et un accord mets et vins en complète aveugle.
Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par un couple de « Marchands de bonheur, créateurs et réalisateurs de rêves » comme ils se baptisent, Suzanne et Jean-Louis Bottigliero qui tiennent les lieux depuis près de 15 ans. Mise en musique fluide, service attentif et attentionné, stylé et décontracté, toujours cette impression d’être un peu à la maison.
Mention spéciale pour le challenge de nous surprendre tout en restant classique dans le choix des vins, mais avec un grain d’originalité … pour notre plus grand bonheur.

Commençons par un apéritif, accompagné de ses amuse-bouches avec un Meursault les Cloux, 2016, domaine Dupont-Fahn : un vin de caillou, très minéral, tendu, avec un fin gras qui habille l’ensemble. En bouche, association d’une belle tendresse et d’un léger grillé élégant. Belle entrée en matière. Très Bien

A table !

En guide d’amuse-bouche : Le Risotto Acquerello au Vert, Cuisses de Grenouilles et Escargots de Bourgogne, Crème d’Ail doux

Le Confit de Foie gras de Canard au Cassis, Raviole de Potimarron et pain d’Epices

L’Omble Chevalier bio, (Ecrevisses), Gnocchi, Caviar et Sabayon au vin jaune

Noix de St Jacques, Endivettes, Artichauts et Truffe de Bourgogne

Bœuf charolais piqué au Lard de Colonatta

Les Fromages … et quelques interprétations personnelles !

En pré-dessert : sur le thème glace, chocolat et café

La Sphère Granny Smith et Pomme Tatin

Premier vin
C’est un blanc construit sur la légèreté et la floralité au nez. En bouche, c’est assez gras, entourant une trame minérale saline sur une belle épice douce. Légère grillé perceptible, mais justement dosé. Superbe allonge sur la fraîcheur, une sorte de puissance maîtrisée, avec un retour laissant apparaître des touches fumées. Je pars sur un chardonnay assez jeune, plutôt minéral, sur le caillou, la trame allongée, dans un millésime pas trop mur (j’exclus donc 2015). Verdict : Vin de Pays d’Oc, Les Roques, Roussanne 2015, Jean-Marc Boillot. Quelle forme ! Très Bien +

Deuxième vin
Le vin présente une robe jaune dorée assez évoluée. Premier nez un peu retenu, mais qui va s’ouvrir très rapidement. Minéralité et floralité, belle trame acide, une impression de force tellurique et un habillage aromatique grand. Bouche complètement fondue, avec du caractère, un côté traçante et une rondeur avenante. Grande aromatique. Puissance très élégante, avec un retour sur de magnifiques amers nobles et une sorte de mâche presque tannique. Finale sur des notes tertiaires type champignons, puissante, avec une acidité enrobée qui allonge l’ensemble. Je pars sur un chardonnay de noble origine, plutôt style Grand Cru mais que je ne place pas (Trop « gras » pour les Chablis et le Corton Charlemagne, et manque évident de recul sur les Montrachets). Il s’agit d’un vrai faux Grand Cru, puisque c’est un Meursault, premier cru les Perrières 2000, domaine Potinet-Ampeau. Exceptionnel (au panthéon des bourgognes dégustés en 2018).

Troisième vin
On part sur un grand rouge présentant une robe rubis légèrement évoluée, très brillante et déjà salivante. Nez avec un côté animal justement dosé, comme il faut pour garder ses notes de fruits murs, plutôt fruits noirs, complétés par des fragrances épicées et une tendre évolution. C’est (déjà !) profond et suave. J’en bave encore à faire le CR. Grande bouche de pinot noir noble, avec des arômes complexes, fondus, une belle acidité apportant un soyeux et une suavité exceptionelles. C’est tannique mais équilibré, une sorte d’infusion d’épices douces et de réglisse. Accord proche de l’idéal avec le bœuf « sauvage ». Je pars sur un côte de Nuits assez évolué, plutôt Vosne ou Chambolle, sur 2006 par exemple. C’est un Volnay, premier cru Clos de la Bousse d’Ord 1999, domaine de la Pousse d’Or. Le frère « jumeau » du précédent : Exceptionnel (au panthéon des bourgognes dégustés en 2018). Volnay un vin féminin ? Tu parles !).

Petit supplément
Avec le dessert, pas de surprise puisque nous partons sur un Maury 20 ans, domaine du Mas Amiel : un nez très confit, sudiste, sur les figues séchées, une impression solaire sans lourdeur. Bouche un peu rancio, avec une trame acide assez vive, mais l’accord avec la pomme l’a sans doute un peu desservi. Bouche aromatique et fruitée mais très concentrée, figues, peau de noix, avec un oxydatif ménagé élégant. En fin de bouche, le vin se transforme et laisse paraître des notes sur la réduction, un côté tannique marqué et un grain d’élevage encore présent. Très Bien +

Que dire en conclusion ? Encore une fois l’excellence est là, sans ostentation, avec un professionnalisme sans cesse renouvelé. Tout est parfait, depuis l’accueil à l’Hôtel du Parc jusqu’au restaurant étoilé. Merci à toutes les équipes pour ces moments d’exception qui se renouvellent chaque année.
C’est donc vrai, nous sommes chez un Marchand de bonheur, un créateur et réalisateur de rêves.
Vivement notre prochaine visite en Juin 2019 pour fêter une décennie de séjours à Levernois !

Bruno