8 décembre 2019

Un week-end très Chitry et très 2015

Week-end de transition entre l’enchaînement des salons fin novembre / début décembre et les fêtes qui approchent à grand pas. Retour donc à une espèce de fondamentaux du vin, à savoir une « petite » appellation, un vigneron qui fait bon - et qui nous réserve toujours un accueil des plus conviviaux - et une année très prometteuse. Dans l’ordre de dégustation sur ces deux jours.

Chitry, cuvée Vau du Puy 2015, Olivier Morin : toujours ce nez sur l’immédiateté du fruit gourmand, plus précisément la griotte noire bien juteuse. Notes complémentaires et subtiles sur le fumé, une pointe végétale noble, une sorte d’amertume / de rafles bien dosée. Bouche très énergique, j’allais presque dire nerveuse. C’est gouleyant, facile à boire, mais derrière cette simple description se cache un vin sérieux, des tannins soyeux, une acidité sur les épices qui tend le vin, une fine amertume douce. Fin de bouche qui claque, presque saline, une allonge avec de la mâche, une vraie sensation de grain en bouche. Gourmandise, plaisir immédiat, vinosité, tout est présent dans cette bouteille. Excellent (et un rapport « Qualité / Prix » exceptionnel : 12 € la bouteille …)
Chitry, cuvée Olympe 2015, Olivier Morin : robe jaune pale, très légère évolution. Nez complexe, sur une sensation minérale fine, saline, presque chablisienne. Pointe « douce » vanillée, impression de poudré calcaire et d’amandes douces. Promesse salivante. Bouche tendue, droite, de belle énergie. Grande acidité granuleuse (une sorte de faux perlant). Grain tannique allié à une rondeur avenante, sans concession avec la longueur. Longue empreinte finale, sur l’acidité vivifiante et un joli gras qui complexifie nos impressions. L’élevage est, à ce stade, encore légèrement présent, mais sans ostentation ; il augment simplement l’effet « gras » et « opulent » de la finale. Rétro-olfaction et longueur sur le retour d’une pointe grillée et d’amers nobles. Grand vin. Excellent +

Confirmation (une nouvelle fois) de l’excellence de l’adresse. Une adresse incontournable dans le Chablisien, pour une prochaine visite qui s’esquisse.

Bruno

1 décembre 2019

Repas dominical familial

A l’occasion d’un repas familial dominical, les petits plats ont été mis dans les grands. Au menu :

Avec un mezze libanais
Crémant de Loire, Triple Zéro, domaine de la Taille aux Loups (Jacky Blot) : une bulle très agréable, florale et fruitée, un côté tendre (bien que totalement sec) et une aromatique sur la douceur. La tension du terroir et du cépage sont bien présents, avec une pointe minérale fine et une bouche tout en longueur. C’est gourmand tout en restant tonique et vif. Très Bien +

Avec des noix de St Jacques juste snackées, huile de truffe
Palette, château Simone 2003 : une robe dorée assez évoluée. Nez opulent, gras, méridional, sur les fleurs presque capiteuses et des fragrances de pâte de coing. On dirait ‘presque’ un Layon sans sucre ! Bouche alliant rondeur opulente et allonge liée à l’acidité. Pointe minérale, notes mentholées, gras glycériné salivant, tension et puissance bien maîtrisées, des fruits jaunes gorgés de soleil, de la complexité, et une bouche serrée mais qui se livre totalement. Quelle énergie. Finale qui claque, toute en rondeur et opulence élégante. Excellent

Avec un lièvre façon civet, purée de patates douces et champignons à la poêle
Chateauneuf du Pape, vieilles vignes 2007, domaine de la Janasse : à l’ouverture, notes de fruits rouges et noirs très intenses, sur la framboise et le cassis. Bouche sur une immense acidité et une amertume stridente. Dont acte : carafage de 4 heures ! En situation, face au lièvre, le vin s’est révélé (et Dieu sait si le Chateauneuf n’est pas mon style de vin). Nez mur, sur les fruits noirs, cassis, mûres et myrtilles. Fragrances sudistes, avec des notes de garrigue. Impression de puissance absolue, mais finalement sans trop d’excès. En bouche, c’est puissant, tannique et corpulent, avec un côté fruits bien mûrs. L’acidité s’est fondue, elle tient encore le vin, arrondit les tannins et équilibre les 15,5° d’alcool. Amertume encore présente, mais plutôt agréable à côtoyer. Finale sur des tannins presque crémeux, avec une pointe épicée du plus bel effet. Excellent + (la preuve, la bouteille a été sifflée !)

Un beau week-end conclut en fanfare la semaine des salons. Maintenant, un peu de repos des papilles.

Bruno

29 novembre 2019

Le Grand Tasting de Paris

Fin d’une semaine « difficile » avec plusieurs salons programmés, dont ce Grand Tasting de Paris qui a bien changé depuis son origine. Plateau finalement sans peu d’importance, tant la part des domaines et maisons de Bordeaux, de Bourgogne (négoce) et de Champagne y a pris une part plus que prépondérante. Heureusement, les quelques adresses incontournables de l’étranger ont sauvé les apparences. Si 2018 avait été annonciateur d’une amélioration avec une accréditation presse obtenue facilement, il a fallu faire preuve de beaucoup de diplomatie pour obtenir le précieux sésame cette année, jusqu’à aller faire de la publicité sur ce blog pour l’agence de pub en charge de l’événement. Le monde à l’envers quoi !
Par pudeur, je ne parlerai pas de l’organisation toujours aussi approximative (arrivé à 9h45 pour une ouverture à 10h15, il faut faire la queue pour entrer, pour le vestiaire (passé de 1 à 2 €) puis pour le verre … Début des dégustations pas avant 10h45 !!!
Bref, on est passé clairement du salon d’amateurs et de passionnés à un salon de bobos sortis tout droit des grandes écoles (et à l’affût de créer une startup vite rentabilisée).
Passons maintenant aux choses sérieuses, dans l’ordre des visites.

Domaine de la Taille aux Loups / domaine de la Butte
L’esprit du vin existe toujours. Nous l’avons rencontré chez Jacky Blot où toutes les équipes présentes sont disponibles, souriantes et à notre écoute. Pour ne rien gâcher, les gammes sont toujours au top.
Montlouis-sur-Loire, Triple Zéro : une bulle sèche, tendre, sur une belle douceur aromatique. Un chenin qui fait des bulles. Très belle mise en bouche. Très Bien
Montlouis-sur-Loire, Remus 2016 : riche, gras et avec une aromatique presque méridionale. C’est beau, de garde mais déjà prêt pour un plaisir immédiat. Très Bien
Montlouis-sur-Loire, Clos de Mosny 2017 : finesse, élégance et structure. Fraîcheur mentholée qui dégage de belles vibrations. Longueur très intéressante. Très Bien +
Montlouis-sur-Loire, les Hauts de Husseau 2017 : un vin clairement plus tendu, plus minéral. Grande allonge sur l’énergie et l’équilibre. Excellent
Montlouis-sur-Loire, Clos de Mosny 2012 : trame allongée, sur l’élégance. Bouche structurée et tellurique. Finale très sapide sur une grande et noble aromatique. Excellent +
Vouvray, Clos de la Bretonnière 2010 : puissance minérale plutonique, longue et forte empreinte énergique. Exceptionnel
Montlouis-sur-Loire, Rémus Plus 2008 : un vin que je n’ai pas compris. Rondeur et grillé mais finalement m’a semblé en retrait (mais il était difficile de passer après la Bretonnière). A revoir
Vouvray, Clos de Venise 2007 : complexité équilibrée entre la trame acide / minérale tendue et l’habillage de gras et d’aromatique. Notes de rondeur et de grillé en supplément. Longue rémanence. Excellent
Montlouis-sur-Loire, Triple Zéro 2008 : un élevage long qui apporte des notes semi-oxydatives du plus bel effet. Grillure noble, peau d’amandes amères et amertume « douce » en finale. Un côté Jura exceptionnel. Excellent +
Bourgueil, Pied de la Butte 2018 : un jus de cerises bien mûres, des tannins lactés … pour un vin de copains très gouleyant. Très Bien
Bourgueil, Haut de la Butte 2017 : fruits rouges et noirs sur un registre plus vineux. Des tannins frais, une acidité bien dosée pour une future grande bouche. Très Bien ++
Bourgueil, Perrières 2015 : le vin de cailloux, avec un grain tannique superlatif, un toucher élégant et « rustique » à ce stade. Longue garde à prévoir. Excellent (+)
Bourgueil, mi-Pente 2014 : le vin se présente comme un cousin pas trop éloigné du précédent. Moins de puissance minérale caillouteuse, plus de finesse dans les tannins, qui dégagent une impression de fraîcheur ultime. Excellent +

Domaine Chignard
On avait connu le domaine du temps de Michel et des tous débuts de Cédric. Force est de constater que le passage de génération a été réussi, avec une gamme complète, du « simple » beaujolais gouleyant au grand vin de garde à la bourguignonne.
Beaujolais-Villages 2016 : du grain au nez, une bouche sérieuse très fraîche, des tannins fins. Belle entrée en gamme. Très Bien
Fleurie, les Moriers 2018 : robe plus sombre et plus rouge. Un côté variétal agréable au nez, une belle structure en bouche, des tannins sérieux et civilisés, pour un vin qui a de la mâche. Très Bien ++
Fleurie, les Moriers 2016 : 2 ans et le monde change ! Vin fondu, fin, avec une grande et belle acidité. Salivant sur la finale. Excellent (+)
Fleurie, les Cochoniers 2015 (élevage exclusif en cuve ciment) : grande promesse dès le nez, très vineux. Dense en bouche, avec des tannins crémés quoique de caractère. Pointe de « faux élevage » sur la finale. Excellent +
Fleurie, les 10 coupées 2015 (élevage en fût / vendanges entières) : puissance en bouche, structure sur l’amertume noble des rafles bien mures, acidité de structure parfaitement dosée, charge tannique imposante à dompter. Très longue garde à prévoir. Exceptionnel

Domaine Billaud-Simon
Légère déception avec ce domaine. Si les vins sont bien faits et sans défaut, il manque une touche de magie pour basculer vers la lumière.
Chablis, 2018 : un vin sur le fruit, avec des notes florales, une joli bouche plutôt ronde. Bien
Chablis, Tête d’Or 2017 : structure plus minérale et plus chablisienne. Vinosité sur belle acidité. Finale salivante. Bien +
Chablis, premier cru Vaillons 2017 (rive gauche du Serein) : finesse et construction, pointe grillée. Bien +
Chablis, premier cru Mont de Milieu 2017 (rive droite du Serein) : plus frais, sur le menthol. Minéralité construite et complexe. Bel équilibre général. Très Bien +
Chablis, Grand Cru Preuses 2017 : puissance et gras en bouche, grande longueur, finale suave. Excellent

Champagne Françoise Bedel
Une gamme cohérente, des élevages semi-oxydatifs bien mesurés. Belle découverte.
Champagne, Origin’elle 2014 (Pinot Meunier / Chardonnay / Pinot noir : 70 / 20 / 10): nez très (trop) sur l’oxydatif. Bouche par contre superbe, énergique, grasse, tendue et fine. Très Bien +
Champagne, Dis « Vin Secret » 2012 (Pinot Meunier 100 %) : un nez très légèrement sur l’oxydatif, qui me plait beaucoup. Bouche sur une construction similaire, sans doute plus vineuse. Rétro-olfaction de très bel effet, sur la peau d’amandes amères. Excellent
Champagne, Entre ciel et terre 2012 (Pinot Meunier / Chardonnay / Pinot noir : 30 / 35 / 35 %) : encore plus de vinosité pour ce vin, sur une trame semi-oxydative et minérale bien marquée. Grand vin de gastronomie Excellent ++
Champagne, L’Ame de la terre 2006 (Pinot Meunier / Chardonnay / Pinot noir : 90 / 5 / 5 %) : un supplément de tout par rapport au précédent. Peut-être un ‘petit’ défaut, une rondeur un peu prononcée en finale. Excellent +

Domaine Elvio Cogno
Découverte (encore !) d’une belle adresse piémontaise, depuis l’entrée de gamme jusqu’au roi Barolo. Si nos pas nous mènent en Piémont, il faudra quelques semaines de visites …
Langhe Nascetta DOC, Anas-Cëtta, 2018 : superbe aromatique au nez, riche, fraîche (menthol), grillée, des notes végétales nobles (fougères humides), une touche d’épice en complément. Bouche énergique, ronde et grasse, plutôt suave. Notes d’herbes aromatiques méridionales. Douce amertume en finale. Excellent
Langhe Nebbiolo DOC, Montegrilli 2018 : de la douceur, déjà dans les tannins presque féminins. Une acidité intégrée, une rondeur avenante, des notes de fleurs, de fruits et d’épices avec une pointe de douceur en finale. RDV dans 15 ans pour révéler tout le potentiel de ce vin. Excellent +
Barolo DOCG, Ravera 2015 : on pourrait presque dire uniquement : un grand nez de Barolo … même si jeune. Une sorte de pinot noir légèrement et subtilement torréfié. Fraîcheur florale, notes de tabac et d’épices. Bouche élégante et puissante, une aromatique piémontaise, des tannins bien nés à laisser tranquillement se patiner. Puissance sur la finale, une finale. Exceptionnel

On aurait aimé gouter d’autres italiens. Malheureusement, ni chez Pio Cesare qui a joué à cache-cache pour ne pas nous servir ni chez Cavallotto, où le stand est resté désespérément vide, cela a été possible. Pour une fois où l’espace italien était aéré et pas concentrationnaire …

Beaulieu Wineyards et Penfolds
Deux domaines, deux pays, un seul stand de dégustation. Mais un accueil et une écoute qu’on aimerait avoir plus souvent en France. Des vins de très haut niveau, même en Napa Valley royaume du Cabernet et du Shiraz qui sont, ici, loin de la caricature bodybuildée des vins Parker des années 1990 /2000.
Penfolds, Koonunga Hill 2017 : un assemblage Shiraz / Cabernet sur la puissance, mais bien maîtrisée. C’est élégant et plutôt tendu et énergique. Toutes les qualités des deux cépages, sans leurs défauts, sont présents ici. Quelle tannicité maîtrisée. Très Bien +
Penfolds, Bin 2 2017 (Shiraz + Mourvèdre) : c’est plus vineux, plus complexe et sans doute moins « variétal ». Grande amertume noble. Excellent +
Penfolds, Bin 8 2017 (Shiraz + Cabernet Sauvignon) : un palier est franchi avec ce vin, plus nerveux. L’énergie épicée qu’il dégage est subtile et intense. Noblesse des tannins déjà crémeux. Bouche vibrante, allongée, énergique et signe d’un Grand Cru. De la belle ouvrage. Excellent ++
Penfolds, Bin 28 2017 : petit retour en arrière avec ce 100 % Shiraz. Si la construction évoque le précédent, le vin m’a semble plus variétal, une touche de rondeur en complément. Mais on reste à un niveau de qualité très élevé. Excellent
Napa Valley, Reserve Tapestry 2015 : un vin mûr, puissant, épicé mais qui sait rester frais et buvable. Ce « deuxième » vin est déjà une promesse … Excellent
Napa Valley, Georges de Latour 2015 : 90 % de Cabernet Sauvignon mais 100 % de plaisir. Le Premier Grand Cru Classé qu’on attend en France, sans raideur, sans poivron. Si ce vin est particulièrement puissant et gorgé de soleil, la maîtrise du vigneron se fait sentir sur ce tout jeune bébé. La perfection presque atteinte. Exceptionnel

Graham’s
Traditionnellement notre dernière visite avant de rentrer. Confirmation du plaisir de déguster une gamme particulièrement aboutie de Porto Tawny’s. maîtrise de l’oxydation, science des assemblages, patience des élevages et des vieillissements. Grande conclusion
Tawny Reserve : un oxydatif léger immédiat, sur un plaisir simple mais réel. Finale douce, pruneau et peaux de noix. Très Bien
Tawny 10 ans : c’est frais au nez, sur le tabac blond et les épices. Bouche à l’avenant, avec de l’énergie, une grande et belle acidité et un grain tannique épicé. Longue et fraîche rétro-olfaction. Excellent +
Tawny 20 ans : plus rond que le précédent, toujours avec cet équilibre acidité / épices. Sans doute moins immédiat à ce stade. Excellent
Tawny 30 ans : un alcool de méditation, entre pure malt de noble origine et notes de tabac, boisées et épicées. Puissance en bouche, sur la rondeur et l’élégance. Tannins superlatifs et longue empreinte. Excellent ++
Tawny 40 ans : une liqueur fumée et confite, une épice saline, une bouche sphérique. Peut-être un léger manque de longueur pour tutoyer les sommets. Excellent +

Voilà, une courte sélection toute personnelle d’un plateau qui s’amenuise d’année en année, mais un plaisir toujours présent.

Bruno