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1 janvier 2023

Passage à la nouvelle année

Réveillon de la Saint Sylvestre en petit comité, mais de qualité, sur plusieurs jours et entourés de belles bouteilles. Par ordre de dégustation :


(Magnum) Crozes-Hermitage, cuvée Albéric Bouvet 2007, Gilles Robin : belle syrah profonde, aromatique, florale et dense. Bouche élégante sur une structure tannique de belle constitution, entre épices douces, fruits noirs et fleurs capiteuses. Allonge fraîche sur la finale. Très Bien +

(Magnum) Nuits Saint Georges, premier cru les Vaucrains 2009, domaine Georges Chicotot : un nez légèrement évolué, évoquant les fruits infusés, notes d’alcool de bel équilibre. Impression suave, douce et prenante. Bouche d’une élégance superbe, des tannins assagis, presque crémeux. Corpulence et structure sur un équilibre parfait avec l’acidité (douce) et le fruité. Allonge exceptionnelle et longue empreinte. Excellent ++

(Magnum) Saint Nicolas de Bourgueil, les Rouillères 2018, domaine Frédéric Mabileau : un cabernet franc droit, de belle structure acide et avec une touche glycérinée. Fins tannins légers. Sur un registre « vin de copain », il cache une vraie personnalité, sérieuse, séveuse et vineuse. Excellent

Arbois, Savagnin, 2014, Jacques Tissot : un oxydatif énergique, qui claque sur la langue. Tous les constituants du jaune sont présents, sur un registre jouant de l’élégance. Belle et redoutable acidité qui transporte nos papilles. Claque en bouche avec une persistance aromatique (curry / noix) et de fins amers oxydatifs salivants. Excellent +

Montlouis, Triple Zéro, domaine de la Taille aux Loups (Jacky Blot) : un nez fin et allongé pour cette bulle évanescente, très typée chenin. Superbe approche. Bouche tendue, habillée par un joli gras salivant. Finale « douce », de velours, légèrement glycérinée et laissant échapper quelques composantes saline. Un vin à peine perlant. Excellent

Chablis, premier cru 2002, domaine Laroche : oxydée (sur 3 bouteilles : deux oxydées, une bouchonnée). BRAVO


Meursault, premier cru les Charmes 2012, domaine Michel Bouzereau : un nez mutique, fermé à triple tour, seules quelques notes pétrolées se dégagent ! Par contre, la bouche est digne du cru. Un chardonnay / Meursault plutôt moderne, tendu et cristallin, les notes beurrées ne venant qu’accompagner le vin. Joli gras intégré. Notes salines. Equilibre général de grande constitution. Excellent +

Nuits Saint Georges, premier cru les Rues de Chaux 2009, domaine Georges Chicotot : un nez typique du cru, tendrement fumé, sur des touches moka / torréfaction. Les fruits infusés ressortent également. Douce évolution sur les fleurs fanées. Bouche tonique, de longue acidité, avec une aromatique fondue. Encore une structure acide qui permettra au vin quelques années de garde supplémentaire. Rondeur équilibrée et aromatique saline. Le respect du terroir. Excellent +

Saumur, Clos de la Rue 2012, Arnaud Lambert (château de Brézé) : une profonde cristallinité au nez, sur des notes mentholées du plus bel effet. Salivant. Superbe bouche de chenin, tendue, aromatique, fraîche. Rondeur en finale, sur des touches salines. Excellent+

Autriche, Burgenland, Beerenauslese, Zweigelt 2015, Weingutshof Landauer : ce vin du cépage zweigelt est un OVNI. Un nez aérien, sur une aromatique rose / litchi fine et fraîche, presque botrytisé ! Bouche sur une liqueur fine et élégante, cachant une sucrosité et une acidité énormes … mais parfaitement intégrées. Pointe d’amers fins en finale sur le gâteau vanillé. Excellent +

Vouvray, Clos de Venise 2012, domaine de la Taille aux Loups (Jacky Blot) : un chenin calcaire intense au nez, avec un toucher sublime, cristallin, pointe (légère) vanillée. Bouche tellurique intense, qui claque. Minéralité cristallin exacerbée, avec une acidité saline presque semi-perlante. Empreinte superlative, révélant une acidité ciselée d’expert. Finale avec de douces notes mentholées. Exceptionnel

Italie, DOC Barbera d’Alba, Tulin 2016 : une robe sombre profonde, dense, presque noire. Nez tannique, intense, sur les fruits noirs. Pointe épicée saline, avec une aromatique à l’avenant. Imposant mais frais et élégant. Finale sur de beaux amers tanniques. Très Bien ++

 

Un passage à la nouvelle année réussie. Un peu de calme ne nous fera pas de mal en attendant le prochain Salon des Vins de Loire.

 

Bruno

 

20 juillet 2019

Retour à Thiers

Un premier voyage dans la région de Thiers nous avait laissé un souvenir impérissable, tant la conjonction des planètes avait été au rendez-vous ce soir-là, avec semble-t-il quelques exagérations en fin de soirée / de nuit. Mais n’écoutons pas les mauvaises langues et concentrons nous sur l’essentiel.
A l’instar du triangle du feu (combustible, comburant et énergie d’activation), nous voulions nous assurer que le triangle du bonheur était toujours d’actualité. Après un vendredi plutôt « vieilles pierres » avec la visite de l’abbaye de Noirlac puis quelques découvertes comme l’église clunisienne de Menat ou le château Rocher, nous arrivons donc en un samedi matin nuageux dans cette ville de Thiers qui fait rêver de nombreux amateurs de couteaux !
Rapidement, presque naturellement tant la connexion est évidente, nous échangeons sur les matériaux et les techniques de la coutellerie, l’un des buts de ce week-end étant de passer commande pour la réalisation d’un couteau d’exception pour mes 60 ans à venir. Philippe et Dominique Chambriard, les deux frères, prennent le relai pour préciser la nature du manche, le type de lame (et surtout quel damas choisir …) et le guillochage du ressort. Entre gens de bonne volonté, la négociation est toujours simple. Vite fait bien fait pour une surprise à venir …

Ballade dans Thiers et les environs, réhydratation à la Chateldon et repos salvateur avant le repas. 1 kilomètre de marche à pied, armés de lampes de poche et frontales pour un retour plus sécurisé dans la nuit, nous voilà donc de nouveau dans la maison de Philippe et Nicole pour un nouveau repas, en compagnie de David, le cousin, et sa compagne Bénédicte. Un peu plus tard, c’est le papa qui nous fera le plaisir de sa présence, de son regard bienveillant et de son hédonisme (et c’est un grand amateur de Bourgogne).

Une nouvelle fois, un immense merci à toute la famille qui nous a reçu en toute amitié, comme si nous nous connaissions depuis toujours. Le triangle couteau / vin / amitié était bien là pour toujours du doigt d’indicible étoile du bonheur.

A table maintenant (tous les vins ont été servis à l’aveugle complète).

En apéritif

Champagne, De Sousa Grand Cru Réserve (Brut Blanc de blancs) : un champagne frais, sur une fine aromatique au nez, une tendresse en bouche, avec une finale vive et légèrement saline. Bien

Champagne, De Sousa Grand Cru Mycorhize (Extra brut) : bel équilibre général entre l’acidité et la vinosité. Notes fraîches mentholées sur une belle maîtrise de la corpulence. Bien ++

Meursault, Meix Chavaux 2009, domaine Roulot : un nez très fin, sur une belle minéralité élégante malgré une fermeture un peu prononcée. Une bouche opulente, riche, grasse et grillée, mais qui reste sur un équilibre plutôt frais et élégant. Finale sur une fine amertume saline, semi-perlante, et laissant une empreinte salivante. Excellent

Avec un magnifique flanc de courgettes, tomates et poivrons confits

Pouilly Fumé, Silex 2009, domaine Didier Dagueneau : nez plutôt fermé, un peu typé sauvignon. Bouche totalement dissociée et déséquilibrée, avec une attaque presque « sucrée » et une acidité qui traîne en fin de bouche, presque stridente. Bof

Chevallier Montrachet Grand Cru 2004, domaine Leflaive : un nez sur la puissance et l’élégance superlative. Le grillé du Meursault se retrouve, mais avec une dimension supplémentaire. Bouche complètement à l’avenant. Acidité redoutablement maîtrisée, tout en élégance. Complexité, avec une intégration et un équilibre entre la richesse / la puissance du Chevallier et la noblesse du Montrachet. Une grande claque : le vin de la soirée (Merci Oliv). Exceptionnel

Avec un « agneau de la belle sœur » et ses petits légumes croquants

Pessac-Léognan, Grand Cru Classé de Graves, château Pape Clément 1990 : un nez de (grand) bordeaux mûr, un fruité intense (fruits noirs) associé à des notes de poivron mur et des fragrance fumées complémentaires. Grande maturité également en bouche, avec des amers typés « vendange entière » et un retour presque smocké. Finale fraîche, jusque dans sa persistance rétro-olfactive. Très Bien ++

Saint Julien, Grand Cru Classé, château Léoville Las Cases 1990 : nez plus évolué, légèrement confituré, une sorte de rondeur transparaît. Ma première impression, un vin plus typé merlot que cabernet (quelle vision prophétique). Bouche structurée sur une grande acidité, mais surtout révélant une extrême jeunesse. Si l’aromatique est intéressante et prometteuse, les amers stridents empêchent un plaisir superlatif. C’est clairement très / trop jeune. Très Bien +

Côte Rôtie 2006, Pierre Gaillard : nez assez variétal, sur les épices douces et les fleurs capiteuses. Un beau fruit en complément. Bouche malheureusement un peu trop linéaire à mon goût, avec un équilibre acidité / épices manquant d’ampleur. Une sorte de Rayas du nord. Bien +

Crozes-Hermitage, le Clos des Grives 2010, domaine Combier : un nez fruité profond, un peu atypique (après découverte de l’étiquette), sur le résiné et le bois noble, presque terpénique. Bouche corpulente avec une constitution bien née, des amers nobles, un côté variétal complété par une aromatique générale sur la cerise noire. Finale tendrement réglissée, légèrement poudrée. Acidité qui claque. Excellent

Gevrey-Chambertin, premier cru Clos Saint Jacques 2010, Sylvie Esmonin : s’il fallait résumer mon impression, ce serait « un pinot perdu dans les bois ». Peu expressif au nez. Elevage encore (trop) présent, bouche presque sucrée / écœurante. Un jus maquillé. A attendre ?

Gevrey-Chambertin, premier cru les Champeaux 2010, Denis Mortet : un nez fruité et fumé que j’ai du mal à placer géographiquement. A l’aération, des notes mentholées sublimes apparaissent, qui accentuent mon désarroi. Bouche sérieuse, mais il manque une sorte de colonne vertébrale. C’est acidulé. Finale intéressante. Très Bien

Pessac-Léognan, Grand Cru Classé de Graves, château Haut-Bailly2001 : un nez très bordelais, sur les fruits noirs en complément. Bouche assez généreuse, avec une acidité intégrée, certes très jeune mais prometteuse. J’ai beaucoup aimé. Très Bien ++

Avec le dessert : tarte à la rhubarbe et aux fruits rouges du jardin

Sauternes Grand Cru Classé, château de Fargues 1988 : un très joli nez sur une sorte d’infusion de fruits exotiques, un rôti noble et un côté armagnac élégant et salivant. Bouche malheureusement un peu en décalage, marquée par une acidité un peu mordante, un côté décharné et un manque général de caractère et de vivacité. Je pense que le vin présentait une pointe d’oxydation. Bien +

Applaudissements nourris pour Nicole qui nous a concocté un repas régional de très haut niveau. Un immense plaisir gustatif pour une empreinte carbone minimale.
Nous avons eu la chance d’être entourés de compagnon(e)s d’un soir exceptionnel(le)s, dans le partage, l’écoute et l’amitié. Modestie, bonhomie et affabilité, sous l’œil bienveillant de Georges le papa, qui veille toujours sur sa famille. Un sage au milieu de cet océan de passionnés, parfois / souvent déraisonnables.

Rendez-vous l’année prochaine pour la commande …
Une nouvelle soirée exceptionnelle avec des gens exceptionnels (même s’il a fallu que je résiste plusieurs fois aux viles tentatives de me corrompre après le repas (Génépi ou Poire maison, Bas-Armagnac, …). J’ai tenu bon. Le Porto n’a pas subi d’outrages et j’étais frais comme un gardon le lendemain matin (même si 5 heures de sommeil, c’est peu !).
A très vite.

Bruno

PS : j’ai conscience d’être peut-être un peu sévère sur les vins et surtout d’accuser un décalage très important avec mes condisciples d’un soir, mais je goutais sans doute assez mal samedi soir (largement compensé par le plaisir de la table et des discussions).

30 mai 2019

Retour au Favre d'Anne (Angers, 49)

Retour au « Favre d’Anne » pour cette seconde soirée angevine, avec toujours la même envie au départ, et le même plaisir à l’arrivée. Le cadre, l’accueil de Madame Favre d’Anne, le calme et la sérénité qui se dégagent, l’assiette bien sur et la carte des vins toujours intéressante à des prix doux.
C’est la même équipe qu’en février dernier, signe d’une stabilité autour du chef et de son épouse. En route pour « l’Envolée des Saveurs ».

Menu l’Envolée des saveurs
 
Amuse-bouche sous la forme d’une Gouline déstructurée et revisitée

Langoustines Bretonnes - Royale de Foie Gras - Agrumes
(Carpaccio de champignons pour l’allergique que je suis)

Barbue rôtie - Fenouil confit - Cassis et Guignolet d’Anjou

100 % végétal

Filet de Bœuf - Artichaut Salicornes - Anguille fumée de Loire

Un détour par Manigod : quelques fromages de « ma Savoie natale »,

et mon interprétation toute personnelle (quel Bleu de Termignon !)

Les Douceurs Angevines …
Le galet de Loire création 2019

Je redirais en substance ce que j’ai écrit en février dernier. Magnifiques assiettes, tous les plats montrent une maîtrise totale de la cuisson des produits de la mer (et de la terre), les accompagnements sont redoutablement bons, subtils et efficaces, les sauces légères et parfaitement dosées.
La Gouline déstructurée est une introduction gustative redoutable.
Le croquant et le goût du carpaccio de champignons, associé au gras et à la finesse du Foie constitue un must.
La sauce « Cassis / Guignolet » du poisson est audacieuse, mais le résultat est sublime (et complétée justement par les notes de fenouil confit).
Superbe pièce de bœuf, dans un esprit « Terre-Mer » avec l’anguille fumée, ses petits légumes et une sauce soyeuse.
Plateau de fromages bien construit, avec encore un magnifique Bleu de Termignon vieilli à la perfection, crémeux, sec et avec de beaux amers.
Originalité du dessert, sur la légèreté et les saveurs (quel avant-dessert sur la base dune tarte à la fraise revisitée), pour finir en douceur ce magnifique repas.

Côté vins, nous avons choisi :

A l’apéritif, servi à l’aveugle, Jasnières, Chant de vigne  Brézé 2015, , Christine de Mianville : au premier coup de nez, on reconnaît le cépage chenin, sur un équilibre plutôt floral et fin. La bouche est tendue sur une base minérale élégante et fine,, un côté sec mais sans être « strident ». Un vin sec, pas très gras mais aimable, avec un côté caillou chaud de belle facture. Finale superbement saline, presque grasse en rétro-olfaction, avec une pointe mentholée salivante. Excellent

Saumur, cuvée Jurassique 2015, domaine du Pas Saint Martin : (sans photo) un premier nez plutôt sur un équilibre de rondeur, avec un fruité intense, une grande aromatique qui présente un côté presque jurassien (une fausse semi-oxydation qui tend le vin dans le bon sens du terme). Notes calcaires fines. En bouche, le vin est construit sur une minéralité très profonde et marquée, du caillou qui pourrait, par certains côtés, faire penser à un Chablis (le côté « Homme Mort » sans la coquille d’huitres …). Le tout est habillé par un gras élégant, un mentholé fin, une finesse caillouteuse … qui se retrouve jusque dans la finale alliant corpulence et finesse. Très jeune mais d’un potentiel de plaisir immense. Excellent +

Avec le bœuf, un verre de Crozes-Hermitage, Cap Nord 2015, Laurent Combier : robe rouge sombre et profonde. Un nez à la fois très fruité et profond, des fruits noirs presque nuitons, une pointe d’épices fines, juste ce qu’il faut, avec un ensemble qui paraît déjà complexe et surtout pas monolithique comme beaucoup de Syrah. Grande bouche sur l’épice douce. La structure tannique est fraîche et vive, de belle qualité, avec une légère « rondeur » suave. Une Syrah qui possède du volume et du caractère. Très Bien +

Confirmation de la qualité gustative des assiettes, notamment pour la précision des cuissons et les accompagnement encore plus justes (l’audace - réussie - de la sauce Cassis / Guignolet avec le poisson). Le service est toujours aussi précis et décontracté !
Un grand merci à Madame Favre d’Anne pour l’apéritif offert et la découverte d’un nouveau domaine / d’une nouvelle appellation.
Vivement le salon des Vins de Loire millésime 2020 et ses avant-premières !

Bruno