15 avril 2022

Repas (multi)étoilé à l'abbaye de Fontevraud (49)

Après tant d’agapes, il fallait bien se faire pardonner, surtout un vendredi saint qui est, pour tout chrétien qui se respecte, un peu sacré. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité fêter la Pâque dans un haut lieu empli de symboles et d’histoires, l’abbaye de Fontevraud.


Pour ce repas, ce sera le « carnet d’un ermite fontevriste » - 29° lune :

Gustographie : photographie gustative de notre terroir

Une tuile très aromatique, alliant un côté croquant, une fine impression crémeuse du fromage de chèvre et une aromatique sucrée apportée par le miel. Première revisite d’un plat proposé précédemment, mais avec justesse. Superbe composition pour cette mise en bouche


De la soupe et du pain sec

Encore une revisite de la tradition par Thibaut Ruggeri. Le croquant du crouton, l’aromatique / amertume du brocoli et surtout l’acidité du chou-rouge et du vinaigre. Plat graphique, jeu de textures, association de saveurs et fraîcheur / gourmandise acétique. Une soupe comme on en aimerait plus souvent !


Neige de sarriette, fèves et bœuf Wagyu nantais

Belle construction avec ce bœuf fondant, légèrement salé et le côté végétal / crémeux de son accompagnement


Champignons de Paris à Fontevraud

Une nouvelle fois le plat !!!! Encore plus abouti que précédemment, avec un apport subtil de pointes vinaigrées, en complément du côté terrien du champignon. Digne d’un ***


En direct de Lorient : Barbue pochée à la verveine et rhubarbe

Autre tuerie. Un poisson à la cuisson millimétrée, à la chair à la fois ferme et tendre, goutue. Un accompagnement végétal frais pour l’un, tannique presque viandard pour l’autre. Association encore une fois improbable mais parfaitement réussie


Un poulet élevé dans les vignes, bouillon acidulé et petits pois

Un plat construit comme un vin, sur un triplet viande / acidité / sucrosité. Encore parfaitement maîtrisé. Grand écart sur l’équilibre


Pause fontevriste (avant-dessert)

Un peu de sucre (miel) ne peut pas nuire, afin d’éviter l’hypoglycémie. Superbement gourmand cette affaire !


Poire cuite en croûte de pain

Moi qui suis un fan absolu des Beatles, je dirais juste : « les p’tites billes, les p’tites billes, … ». Croquant, moelleux, fruité, acidulé, sucré, aromatique. Je me répète : moi qui ne suis pas un bec sucré, j’ai adoré


Pour accompagner ce menu, plusieurs bouteilles au programme …

Crémant de Loire, Brut Nature 2018, château du Bois Brinçon : même cru que la dernière fois, sur un millésime plus récent. Belle bulle vive, sur un équilibre ultra-sec avec une fine amertume de bel effet, typée fenouil. Une bouche sèche (pas sucrée), un peu muscatée. Assez tonique. Bel accord aromatique sur le croquant, puis sur la « soupe ». Très Bien

Coteaux du Loir, Rouge Gorge 2020, domaine de Bellivière : un pineau d’Aunis qui dessine un joli grain au nez, sur un fruité à impression poudrée. Touche d’épices fines, l’ensemble restant toujours frais. La bouche est suave, avec un grain tannique de belle définition, une épice fine et salivante, le tout étant assez rond. Longue rétro-olfaction finale, fraîche, presque lactée. Belle découverte pour ma part et bel accord avec le Wagyu. Très Bien +

Anjou, clos des Bonnes Blanches 2018, domaine Belargus : au nez, le vin présente une réduction élégante, citronnée, avec une pointe grasse. La bouche est parfaitement construite, assez virile, presque tannique « à la bourguignonne ». Complexité, rondeur et salinité viennent compléter l’ensemble. Un très beau blanc sec qui a parfaitement jouer son rôle de soliste face à l’orchestre des champignons ! Excellent +

Sancerre, Mélodie de Vieilles Vignes 2019, Vincent Gaudry : Un vin frais au nez, non variétal, avec des notes végétales élégantes. Bouche complètement atypique, certes manquant de corps, mais sans aucun rapport avec les sauvignons que je connais. Il me semblait que l’association sauvignon / verveine eût bien fonctionné. Que nenni, que nenni. Un problème de bouteille ?

Saumur, les Arboises 2015, domaine Guiberteau : un très grand vin, même si l’accord n’a pas été exceptionnel avec le poulet (sans doute eût-il fallu choisir le « Brézé » (blanc) de ce même domaine). Superbe nez avec une grosse charge fruitée. Notes d’amers fins, de tannins bien nés, de fragrances fumées. Bouche ultra élégante, avec une fraîcheur acide allongée. Belle corpulence. Un Cabernet Franc sensuel. Finale laissant une impression cristalline, des notes de végétal / amer salivantes, et totalement intégrées à l’ensemble. Excellent +


Confirmation de l’excellence de la table, depuis l’accueil jusqu’à l’assiette de Thibaut Ruggeri - qui a su magnifier encore plus ses plats signature - jusqu’au service précis et décontracté.

Un lieu toujours magique, appelant à la méditation. Une grande adresse à conserver pour l’avenir.


Bruno


Dégustation chez Arnaud Lambert (St Just sur Dive - 49)

Après une mémorable visite des vignes et de la cave, suivie d’une dégustation puis d’un repas chez Arnaud Lambert (ICI), la crise du CoVid nous avait un peu éloigné. 3 ans d’attente c’est long. C’est trop long. C’est pourquoi avant de retrouver notre cellule de pèlerinage (à Fontevraud), nous avons pris RDV chez Arnaud, pour un tour des crus.

Malgré le temps, rien n’a changé. L’accueil, la sympathie d’Arnaud et sa disponibilité. Ah si, les vins se sont (encore) bonifiés.

Quelques impressions à la volée sur 3 millésimes parfaitement maîtrisés.


Les rouges

Saumur, clos Mazurique 2020 : fruit intense au nez, avec une belle maturité. Une bouche sérieuse, avec une corpulence mesurée. Finale sur une fine amertume végétale. Belle entrée de gamme. Bien

Saumur-Champigny, Terres Rouges 2021 : Grande élégance au nez. Fruit profond et suave. Trame acide en bouche allongée, persistante. Finale allongée. Un vin sur un bel équilibre fraîcheur / élégance / allonge. Bien ++

Saumur, clos du Tue-Loup 2019 : un nez qui dégage une impression de volume, un grain tannique et fruité, sur la fraise écrasée, avec du peps. Bouche sur une trame acide vibrante, un grain fruité sapide, du caractère, une pointe épicée en finale. Très Bien

Saumur-Champigny, la Montée des Roches 2019 : un supplément de corpulence, d’élégance et de complexité sur ce vin, construit sur des bases similaires. La bouche semble plus ronde, plus avenante, avec un supplément enveloppant en finale. Superbe rétro-olfaction sur la fraîcheur. Très Bien +

Saumur-Champigny, Clos Moleton 2018 : nez profond et intense, crémeux, une touche poudrée. Un fruit parfaitement mûr. Bouche tramée sur un poudrage fin, un fruité en deuxième ligne qui pointe le bout de son nez, une épice fine et une finale laissant une grande empreinte. Excellent +


Les blancs

Saumur (terroir de Brézé), clos du Midi 2021 : aromatique sur les fruits jaunes, plutôt pêche. Bouche sur une trame acide ne cachant pas son côté gras. Vin immédiat, peut-être un peu court. Bien

Saumur (terroir de St Just), les Perrières 2020 : du caillou, un côté cristallin au nez, sur la fraîcheur. Bouche suave et salivante, dégageant une grande énergie. Notes aromatiques sur la fin de bouche, entre menthol, muscat et fruits jaunes. Claquant. Très Bien (+)

Saumur (terroir de Brézé), clos David 2019 : un chenin ciselé, cristallin, glacial … mais qui réchauffe nos papilles ! Acidité sur le tranchant, parfaitement maîtrisée. Jeune aujourd’hui. Sans doute un beau potentiel. Très Bien

Saumur (terroir de Brézé), clos de la Rue 2018 : nez superlatif, aérien, frais et élégant. Un chenin qui brèze comme j’aime à le dire. Bouche déjà complexe, laissant une longue, large et profonde empreinte. Acidité qui se conjugue parfaitement avec le gras. Excellent (+)

Saumur (terroir de St Just), coulée de St Cyr 2018 : style différent mais qualité et plaisir identiques ! Un vin traçant construit sur une acidité redoutable, mais pas que car sinon, nous aurions perdu nos papilles. Or, la bouche est aussi complexe, avec un joli gras qui complexifie l’ensemble. Finale salivante et claquante (j’en salive à écrire ce CR). De la garde à prévoir pour un rendement optimal. Excellent (+)

Saumur (terroir de Brézé), Bourguenne 2018 : le parangon du Grand Chenin. Aujourd’hui bien trop jeune mais la tentation est déjà grande. Rondeur (un peu d’élevage mais aux antipodes de cette description de « vin technologique » que j’ai pu lire), grillé, allonge, expression retenue qui ne demande qu’à s’ouvrir et s’amplifier en bouche … pour ne plus finir. Un vin exceptionnel pour dans 15 ans !


Avant de repartir, Arnaud nous a fait le plaisir de nous proposer deux « vieux » millésimes.

Saumur, Clos David 2014 : légère réduction à l’ouverture, puis apparition de notes truffées, une aromatique florale complémentaire qui n’est pas en reste. Impression d’élégance grasse. Bouche équilibrée, sur une énergie folle, de la mâche, une structure allongée, salivante, une (encore) très belle acidité. Finale ciselée, laissant une impression cristalline. Superbe !

Saumur (terroir de Brézé), clos de la Rue 2010 : le premier millésime de ce cru vinifié par Arnaud, avec une légère sucrosité, une douceur type « Layon ». Bouche fraîche, veloutée, sur une belle trame acide. Acidulé en finale, sur des notes de cailloux chauds. La pointe sucrée, si elle est à peine perceptible, m’a sans doute un peu dérangé pour apprécier ce vin à sa juste valeur.


Retrouvailles heureuses. Si nous avons vieillis depuis 2019, le plaisir de partager de belles bouteilles avec Arnaud ne s’est pas évaporé. Une nouvelle fois, la gamme a encore progressé.

Merci à Arnaud de son accueil et de sa disponibilité. A très bientôt.


Bruno