19 octobre 2019

Bouquet final au restaurant gastronomique de l'Hostellerie de Levernois (21)


Point d’orgue de notre week-end bourguignon, le dîner de gala du samedi soir, au restaurant gastronomique de l’Hostellerie de Levernois, avec cette année un événement particulier puisque nous y fêtions notre dixième anniversaire de présence (première visite en juin 2009 à l’occasion d’un « Elégance des Volnay » aujourd’hui disparu).
La décision fût vite prise, carte blanche à tous les étages : « Menu surprise » et vins dégustés à l’aveugle, le choix, le conditionnement et la préparation des bouteilles ayant été orchestré de mains de maître par le sommelier Nicolas Geoffroy.
Une nouvelle fois, nous soulignerons l’excellence de cette maison, dès l’accueil toujours amical par Madame et Monsieur Bottigliero, et ensuite aussi bien en cuisine où officie avec bonheur depuis 15 ans le chef Philippe Augé qu’en salle où le ballet du service est mené avec précision, style et décontraction par Bernard Bruyer, le véritable maître de cérémonie.

Apéritif au salon, ses amuse-bouche (sphère de tomate et foie gras / jambon persillé / Saumon fumé au fromage de chèvre), avec un Chassagne-Montrachet 2016, domaine Fontaine-Gagnard : un nez très floral frais, sur les amandes grillées. En bouche, tension acide dynamique et noble, sur une fine salinité. Une petite pointe d’amertume salivant est décelable, jusque dans la finale. De la mâche, un côté terrien très agréable, sur l’élégance. Finale riche sans lourdeur. Très Bien (+)

Et maintenant, à table.

En guide d’amuse-bouche : bonbon de saumon fumé : Fraîcheur de la mise en bouche, belle association entre le grain du poisson et l’onctuosité du chèvre. Très appétissant

Le Foie gras de Canard au Cassis, condiments et pain de campagne grillé : Superbe entrée en matière avec ce contraste entre le gras et l’opulence du foie et la fraîcheur acide / acidulée du cassis et la vivacité des betteraves pickle. Belle promesse d’un moment d’exception !

Les Noix de St Jacques Poêlées, Royale de Corail et Sommités de Chou-Fleur Multicolore, sauce au Beurre d’Algue : Les premières Saint Jacques, quel délice et quelle renouveau dans les saveurs et les textures. Cuisson parfaite, tendresse de la noix et grain faussement tannique du Chou s’associe parfaitement. Synergie presque parfaite. On monte encore dans l’échelle du plaisir

Le Homard Bleu, Coussin de Chou Pointu aux Algues et Radis Noir, Pinces en Sabayon, jus de Carcasse coraillé

Le Tronçon de Bar aux Cèpes, légumes de saison : Poisson noble, cuisson nacrée comme je l’aime, accompagnements savoureux, jus aromatique légèrement onctueux, juste ce qu’il faut pour ne pas alourdir la chair tendre du Bar. Superbe plat

La Pomme de Ris de Veau aux Noisettes, Pommes Bouchons et Girolles « Clou », jus aux écorces de Sapin : Il y a quelques années, j’ai eu une sorte de rejet des ris de veau. Heureusement, depuis 2 ans, mon goût est redevenu « normal ». Et il aurait été fort dommage de se priver de cette nouvelle révélation, une chair onctueuse, un braisé croquant, un accompagnement … qui accompagne parfaitement et une sauce presque tannique. Le summum

Les Fromages frais et affinés : Carte blanche à Monsieur Bernard Bruyer pour les fromages, et j’ai été particulièrement gâté (dont un Comté de 2015 d’anthologie). La réputation du restaurant est intacte !

En pré-dessert : sur un registre de fraîcheur, de sorbets et de fruits rouges : N’a pas à rougir de son qualificatif de « pré » dessert. Fraîcheur ultime qui remet en appétit

La Fraîcheur d’Agrumes en Croûte d’Amande : Belle conclusion d’un repas toujours sur un registre de fraîcheur et de finesse. Alliance de l’onctuosité des sorbets et du croquant de l’amande. Tout est bien qui finit bien

Comme maintenant depuis quelques temps, nous confions notre choix des vins à Nicolas Geoffroy, chef sommelier de l’établissement. Et comme d’habitude, les vins sont servis à l’aveugle complète (et comme d’habitude, je me plante littéralement).

Premier vin
C’est un blanc possédant un grand nez de chardonnay floral, puis des touches minérales fines et assez évanescentes, qui disparaissent rapidement à l’aération, au profit d’un côté aromatique poudré de belle facture. La trame pourrait paraître chablisienne, mais il y a un supplément plus floral et un déficit des notes de coquilles d’huitres. Bouche basée sur une belle corpulence, avec de magnifiques amers grillés, dégageant une salinité mesurée. L’élevage est à peinte perceptible à ce niveau. L’acidité en bouche est bien présente, ce qui nous aiguille vers un vin plutôt jeune. Du volume, un peu d’opulence sur un registre frais, jusqu’à une finale saline. Je penche sur un Meursault assez tendu, plutôt premier cru. Accord majeur avec les St Jacques puis avec le Bar. Excellent +
Verdict : Chassagne-Montrachet, premier cru Les Grandes Ruchottes 2015, domaine Bernard Moreau

Bonus 1
C’est un blanc dont le nez évoque une origine méridionale que se situe ‘a priori’ dans le Languedoc, sur des cépages plutôt aimables (Grenache blanc, Bourboulenc, … en tout cas sans la lourdeur du couple Marsanne / Roussanne. Bouche assez charpentée, avec une opulence marquée sur les fleurs capiteuses (type violette). Fraîcheur saline associée à une aromatique puissante, mais peut-être un peu courte sur la finale, particulièrement saline. Je sèche un peu et je reste en Languedoc. Très Bien

Verdict : Côtes du Rhone 2017, domaine Jamet (cépage Viognier !)

Deuxième vin
Un premier nez à la fois terrien et très élégant. Des fruits noirs, de la soie et une pointe fumée se dégagent. Bouche sur un registre similaire, aérienne, fraîche car tendue par une acidité de bonne facture, un grain tannique d’une finesse extrême. Je décèle une pointe herbacée noble, typée « rafle mûre », douce. Finale sur des tannins de soie, une pointe glycérinée apportant des sensations d’alcool noble, très salivant. Je pars sur un Chambolle ou un Vosne-Romanée, d’une dizaine d’année environ. Beau concerto de douceur et d’élégance avec la chair du ris de veau et le croustillant de son grillé. Excellent +
Verdict : Nuits Saint Georges, premier cru Aux Cras 2010, Bruno Clavelier

Troisième vin (avec les fromages)
Un joli chardonnay au nez, qui possède un air de famille avec le Chassagne dégusté précédemment. Bouche plutôt énergique, avec une opulence tendue et un côté plus terrien, plus profond mais moins élégant que le Grandes Ruchottes. Supplément de gras sur la finale, avec un bel accord avec l’ensemble du plateau (même si un « jaune » eut été idéal avec le vieux Comté). Sans idée précise, je souligne juste l’air de famille précédent … Très Bien ++

Verdict : Chassagne-Montrachet, premier cru les Chenevottes 2015, domaine Bernard Moreau

Bonus 2
Avec le dessert, un dernier vin pour lequel je suis passé un peu à côté (c’est vrai que la vivacité des desserts et leur acidité n’a pas concouru à mettre en valeur le vin). Donc, je suis passé à côté d’un nez sur la pâte de coing au profit de notes plutôt muscatées, sur les agrumes. En bouche, la sucrosité est assez mesurée, presque minérale. Aromatique fruitée, avec une pointe de sucre candy. J’écarte pas mal de régions et je reste sur un Muscat d’Alsace d’un équilibre « demi-sec ». Bien +
Verdict : Coteaux du Layon, les Greffiers 2015, château de Passavant (et en plus, on l’avait gouté en juin !)

Fin de soirée sous le signe de la discussion et du partage, puisque nous avons visité les caves et les cuisines alors que le service n’était pas encore terminé. Mention spéciale au Chef, Philippe Augé, qui est venu discuter avec nous quelques instants. Outre la qualité et l’excellence de l’assiette, il transpire une sorte de quiétude dans ses propos. Modestie, humilité et professionnalisme !

Accueil, disponibilité, précision, discrétion et décontraction en salle comme en cuisine (et je ne parle pas des fromages …) ; service millimétré pour les vins. Tout est présent pour notre plus grand plaisir. Un immense merci à l’ensemble des équipes pour ce long moment d’exception maintes fois renouvelés. Quel dixième anniversaire de Levernois !

« La gourmandise commence quand on n’a plus faim » (Alphonse Daudet).

Bruno

Dégustation au domaine Alain Gras à St Romain (21)


Crédit photographique : Alain Gras


Dernière dégustation du week-end à St Romain, où nous inaugurons un nouvel espace de dégustation très professionnel, conçu et réalisé par Alain Gras lui-même. Tout est réuni pour une dégustation dans les meilleures conditions sous la houlette d’Alain Gras.

St Romain 2017 : nez sur une fine minéralité florale, de la vivacité et une pointe d’amers nobles sur l’amande. Bouche vive, avec une belle complexité entre le gras et l’opulence, qui viennent équilibrer la minéralité saline. Belle longueur pour une finale sapide. Très Bien +
Auxey Duresses, les Crais 2017 : nez plus vineux, sur une aromatique développée de beau volume. Pointe de « bois mat » de bon augure pour le vieillissement du vin. Bouche sur le caillou, profonde, de beau volume, suave et dessinant de beaux amers salivants. Finale sur un grillé très avenant, avec une vibration ultime en retro-olfaction. Excellent
Meursault, les Tillets 2017 : nez plus fermé, mais montrant des notes complexes et élégantes. La bouche est opulente, sans mollesse, grillée, avec de superbes amers, pour la promesse d’un beau futur. De la mâche sur une trame acide bien dessinée, et parfaitement mesurée. Excellent +
St Romain 2017 : nez immédiat, sur un fruité qui explose, mais qui reste sérieux. Griotte fumée, gouleyant et très plaisant. Bouche avec de la mâche, fraîche, tendrement fruitée et vineuse. Petit grain tannique élégant, avec du caractère. Une astringence noble est perceptible, qui, combinée à un glycériné avenant, dessine une finale salivante. Excellent
Auxey Duresses, Très vieilles vignes 2017 : une robe nettement plus soutenue et plus profonde, rubis foncée. Nez sur une base de fruits plus complexe et plus vineuse, fruits noirs. Pointe glycérinée en supplément. Bouche construite, sur la rondeur et la corpulence mesurée, une trame acide bien équilibrée par le fruit bien mur. Grande suavité et finesse des tannins. Une pointe herbacée noble, juste comme il faut, apporte un supplément de tension et de droiture, jusque dans la finale prometteuse. Excellent +

Une gamme séduisante, des conditions de dégustation quasi-optimale et la sympathie d’Alain Gras (sans compter des tarifs toujours raisonnables) constituent les ingrédients d’un moment d’exception en Bourgogne. Grand plaisir à la clé que cette visite à St Romain. Nous y reviendrons.

Bruno

18 octobre 2019

Dégustation au domaine Chicotot à Nuits Saint Georges (21)


Troisième (et dernière) visite de ce vendredi chargé, nous voilà maintenant à Nuits Saint Georges, au domaine Chicotot. Cette année, c’était assez Rock’n Roll, entre encuvage / décuvage, nettoyage des fûts, … mais comme à son habitude, la famille Chicotot a tout fait pour que le caractère amical de notre visite soit respecté. Et c’est réussi, la preuve avec ce « marathon » sur 3 millésimes. Voici mes quelques impressions.

LE MILLESIME 2019
Il serait illusoire (et prétentieux) de vouloir brosser un portrait du millésime 2019 (et même du 2018 toujours en élevage) tant les vins sont encore en gestation : lies en suspension, gaz carbonique encore présent, malo non faite, … Je resterais donc volontairement très synthétique sur mes commentaires.
Bourgogne, Côte d’Or 2019 : du fruit, de la maturité, une belle concentration et des tannins fins.
Ladoix 2019 : un supplément de corpulence, une élégance plus aboutie, de la fraîcheur (toujours), de la mâche et des tannins crémeux. Un futur grand vin
Nuits Saint Georges, Charmotte 2019 : du fruit et de la concentration, c’est très vineux, une richesse sur la douceur. Griottes acidulées bien mûres.
Nuits Saint Georges, aux Allots 2019 : un vin aérien et volumineux, de l’épice et une très grande élégance.
Nuits Saint Georges, premier cru en la Rue de Chaux 2019 : sous la réduction, des notes (classiques) de café torréfié et d’épices blanches. Un fruité sur l’équilibre, la fraîcheur et les épices. Prometteur
Nuits Saint Georges, premier cru aux Thorey 2019 : grande élégance, fruits rouges, un grain tannique avec de la mâche et de la fraicheur. Un côté vosnien.
Nuits Saint Georges, premier cru les Vaucrains 2019 : un jus séveux, un fruit bien structuré, une alliance parfaite entre tannins, fraîcheur et longueur. Grand vin à venir
Nuits Saint Georges, premier cru les Saint Georges 2019 : de la structure et de l’élégance. Notes d’épices douces. Un vrai Grand Cru

LE MILLESIME 2018 (en cours d’élevage)
Ladoix 2018 : fruits noirs, notes acidulées et réglissées. Bouche sérieuse, sur une belle acidité et des tannins fins. Beau terroir (encore !)
Nuits Saint Georges, les Saint Juliens 2018 : de l’élégance sur une base de fruits acidulés, avec une certaine corpulence.
Nuits Saint Georges, Charmotte 2018 : joli fruit sur l’élégance, de la douceur en bouche.
Nuits Saint Georges, premier cru les Pruliers 2018 : plus de droiture et de concentration. Un vin d’esprit, sensuel.
Nuits Saint Georges, premier cru aux Thorey 2018 : de la griotte bien mûre, de la concentration et une superbe élégance.
Nuits Saint Georges, premier cru les Vaucrains 2018 : une élégance superlative, douce et tendre, notes mentholées nobles. Grandiose !
Nuits Saint Georges, premier cru les Saint Georges 2018 : un vin massif au nez, corpulent et élégant en bouche. Tannins bien présents, une sorte de douceur sur la finale. Moins abouti que les Vaucrains à ce stade.

QUELQUES 2017 EN BOUTEILLES
Nuits Saint Georges, les Saint Juliens 2017 : nez sur l’élégance et le soyeux, soyeux qui se retrouve en bouche. Tannins très fins, veloutés, proches de Vosne. Belle acidité complexifiée par une pointe d’amertume très salivante, sur le zan. Finale gourmande. Excellent
Nuits Saint Georges, premier cru en la Rue de Chaux 2017 : si le nez est plus retenu, la bouche révèle de magnifiques tannins murs, crémeux, avec un grain presque magique. Fruité intense, bouche de velours et grands amers bien dosés. Le temps fera son affaire pour ce futur grand. Excellent +
Nuits Saint Georges, premier cru aux Thoreys 2017 : un vin plus austère et plus tannique. Un côté terrien marqué. Bouche similaire, avec toutefois de l’élégance et une finale plus sur la rondeur. Très Bien +
Nuits Saint Georges, premier cru les Vaucrains 2017 : je reprendrai mon commentaire de juin dernier tellement ce vin m’a séduit : un grand cru ultime, telle pourrait être sa devise. Tannins poudrés, longueur en bouche, acidité intégrée, aromatique à la fois fruitée et terrienne. Dire qu’il n’a pas 2 ans. Puissance sur la finesse ou finesse sur la puissance ??? Exceptionnel

Traditionnellement, chez les Chicotot, on termine la dégustation par un « vieux » millésime ayant de fortes affinités avec celui en gestation. Pas de dérogation à la règle cette année encore, et nous voilà avec un Nuits Saint Georges, premier cru les Vaucrains 1969 : une aromatique exotique sur le premier nez, typé alcools et cétones terpéniques (camphre). Puis lentement, doucement, avec l’aération, les feuilles mortes apparaissent sur un substrat laissant entrevoir les fruits. Quelques effluves mentholés du plus bel effet. En bouche, la première impression est la douceur (l’acidité ne semble pas si importante), mais le vin est toujours droit et sans mollesse. Belle empreinte tout au long de la dégustation, jusqu’à une finale réglissée douce. Avec l’aération, le vin (re)prend du volume et de l’ampleur, de la profondeur aussi. Le nez de grand pinot se révèle, sur les feuilles mortes, les fleurs fanées, le fruit à l’alcool … La bouche est soyeuse, suave, sans aspérité. De la tension aussi avec l’acidité qui montre le bout de son nez. Empreinte sensuelle sur la persistance. Un vin pour la méditation. Exceptionnel

Encore une fois, un immense merci à Pascale (et à Clément malgré la charge de travail) de son accueil et pour ce partage d’instants toujours précieux.

Bruno