13 juillet 2020

Fontevraud le restaurant - ou les tribulations d'un ermite fontevriste !

Point d’orgue de notre week-end tourangeau, légèrement déporté vers l’Ouest, à la limite de la Touraine et de l’Anjou … au restaurant situé dans l’abbaye de Fontevraud. Lieu magique emprunt de spiritualité puisque les chambres, de très grand confort, sont censées rappeler l’esprit monacal du lieu, avec un dépouillement faisant office de décoration. Objectif atteint !
Magie également de la salle du restaurant, constituée en fait de plusieurs pièces dont le cloître St Lazare. C’est dans l’une des ailes de ce cloître que nous prenons place vers 20h00 pour le dîner.
Après plusieurs visites, le charme est toujours au rendez-vous et le menu nous est présenté sous la forme d’un « carnet d’un ermite fontevriste » - 16ème lune :

Gustographie : photographie gustative de notre terroir
Une tuile très aromatique, alliant un côté croquant, une fine impression crémeuse et une aromatique sudiste sur la lavande. Superbe composition pour cette mise en bouche

De la soupe et du pain sec
La soupe revisitée avec bonheur. Une autre interprétation jouant sur les associations de goût, de consistance et de texture. Un triptyque crémeux / acidulé / Croquant de grande facture

Pastèque, basilic et anguille fumée
Très grand plat où le côté terrien / tellurique de l’anguille fumée est en symbiose avec la fraîcheur de la pastèque (grillée) et l’aromatique œuf / basilic. La symphonie se poursuit

Champignons de Paris à Fontevraud
Le plat !!!! Encore plus abouti que précédemment, avec un dosage subtil et parfaitement réussi entre le gras du foie, la pointe acidulée vinaigrée et le terrien du champignon. Digne d’un ***

« Au bout de la ligne, ici Lorient ! ». Petits pois et marjolaine
Alliance improbable et réussi entre la chair délicate du poisson, le sucré / doux du petit pois et la floralité aromatique des herbes de Provence

Canette de Barbarie, très bien élevée par Gabriel, navet farci au foin
Une viande tannique, puissante et délicate. Entre la chair rouge sang et le côté confit de la farce du navet, un équilibre digne d’un grand écart réussi

Pause fontevriste (avant-dessert)
Un peu de fraîcheur ne peut pas nuire

Abricots et romarin, façon vagabond
Superbe dessert tout en nuances et en équilibre. Les abricots rôtis sont magnifiques, une sucrosité très légère. Tartelette associant des textures et des goûts différents qui se complètent. Moi qui ne suis pas un bec sucré, j’ai adoré

Pour accompagner ce menu, plusieurs bouteilles au programme …

En apéritif, Crémant de Loire, Brut Nature 2017, château du Bois Brinçon : une bulle vive, sur un équilibre ultra-sec mais pas asséchant. Une pointe d’amertume noble, typée fenouil. Une bouche qui dégage de l’énergie, très tonique et une pointe briochée apportant une belle aromatique en finale. Très digeste et qui réveille les papilles en ce soir d’été un peu chaud. Très Bien +

Saumur, cuvée Jurassique 2015, domaine du Pas St Martin : un chenin riche au nez, gras et opulent, mais tout en équilibre. Floralité sur le chèvrefeuille. Bouche à l’avenant, mais à la fois grasse et tendue, laissant une impression de fraîcheur extrême, sur le menthol, une pointe saline et épicée en supplément. A l’aération, le vin évolue vers plus de minéralité, plus d’impression caillouteuse tout en conservant une structure sur l’allonge. La salinité est exacerbée, particulièrement sur une finale claquante. Excellent

Saumur Brézé 2015, domaine Guiberteau : un nez grillé à la Coche-Dury, laissant une sensation d’amertume douce sur les amandes. Bouche plutôt corpulente, mais nettement plus complexe et plus élégante et aboutie. Acidité exceptionnelle qui allonge le vin, grande aromatique sur des amers fins, une pointe de pâte de coing en sus. Empreinte « tannique » pour ce blanc qui finit par une fine minéralité fraîche, un grain superlatif qui éveille encore plus les papilles. Vibration ultime sur une trame d’amers gins en finale. Exceptionnel
Saumur, les Arboises 2015, domaine Guiberteau : un nez mur et gorgé de soleil, sur les cerises noires, à la fois solaire et frais. Grande suavité sur la fraîcheur soyeuse. Bouche avec de fins tannins crémeux dessinant une rondeur avenante et veloutée. Fine acidité, pointe d’amertume salivante et touches poivrées en finale. C’est un vin « faux maigre », dans une trame équilibrée. Excellent +

Pour la route avec le dessert, Coteaux de Saumur, Clos Bonne Nouvelle 2009, château de Brézé (Arnaud Lambert) : un moelleux plus qu’un liquoreux au niveau de la structure. Nez complexe et très aromatique, mêlant caramel, agrumes et coing. Bouche d’une belle fraîcheur, dessinant une sorte de liqueur douce et fine, une pointe confite. Finale riche et fraîche, très digeste, qui offre un concerto de très belle facture avec l’abricot rôti. Excellent

Confirmation de l’excellence des assiettes de Thibaut Ruggeri, qui a su à la fois conservé les plats signature traditionnels tout en les renouvelant, avec précision et bonheur. Service impeccable, précis et décontracté. Sommelier de bon conseil et lieu toujours aussi magique et appelant à la méditation.

Grande adresse à conserver dans nos têtes pour une future prochaine visite en Anjou.

Bruno

L'abbaye royale de Fontevraud (49)


Fontevraud est une abbaye bénédictine fondée en 1101 par Robert d’Arbrissel. Successivement monastère mixte accueillant hommes et femmes, puis monastère double inspiré de la réforme grégorienne, elle sera sous la protection des comtes d’Anjou et de la dynastie des Plantagenêts. En 1115, Robert d’Arbrissel nomme une abbesse à la tête de l’abbaye (Pétronille de Chemillé), tradition qui perdurera jusqu’en 1792.
En 1200, Aliénor d’Aquitaine se retire à Fontevraud et y réside jusqu’à sa mort en 1204. Des gisants d’Aliénor, de son mari Henri II Plantagenêts et de son fils Richard Cœur de Lion reposent dans la nef de l’église abbatiale.
En 1491, une abbesse de sang royal est nommée à Fontevraud, René de Bourbon et applique la nouvelle règle monastique érigée par Marie de Bretagne. Elle fait rénover le cloître et la salle capitulaire.
En 1670, Gabrielle de Rochechouart, sœur de Madame de Montespan, insuffle son goût de l’art à l’abbaye … goût qui se retrouve jusqu’au XXI° siècle.
Après la Révolution, les dernières religieuses quittent les lieux en 1792. L’abbaye deviendra prison en 1814, jusqu’à sa fermeture en 1963.
Classée au titre des monuments historiques en 1840 par Prosper Mérimée, elle sera sans cesse rénovée jusqu’à son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco en 2000.

L’ensemble monastique se compose aujourd’hui notamment de l’église abbatiale, de deux cloîtres, de la chapelle St Benoit (XII° siècle), des bâtiments conventuels (salle capitulaire), de l’infirmerie, des cuisines romanes et du grand dortoir.
Le prieuré St Lazare, avec son église du XII° siècle et son cloître attenant, a été transformé en hôtel et en restaurant, … mais nous y reviendrons plus tard.

Le plan de l’abbaye dans son état actuel
(les bâtiments situés à l’intérieur de la clôture sont figurés en bistre foncé)
(d’après : © Sémhur / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18629975).

L’église abbatiale

Le clocher de l’église vu du cloître


Le cloître de l’intérieur

La salle capitulaire

Le grand dortoir

Les cuisines romanes (en cours de nettoyage)

Colonnades et impressions lumineuses

La maquette

Vues de nuit

Dernière vision du chevet au moment du départ

Bruno