11 août 2017

Quelques vins à l'occasion des vacances


A l’occasion d’une quinzaine dans le Jura, quelques vins dégustés et bus.

Arbois, Chardonnay les Brulées 2013, domaine de Saint Pierre : Nez très minéral, sur une belle tension acide. Bouche construite sur la longueur et l’acidité. Belle allonge livrant une finale sur des amers nobles, plutôt grillés. Avec une tarte aux courgettes et au Roquefort, le vin prend de l’ampleur et de la rondeur, l’aromatique s’en trouve décuplée. Finale claquante du plus bel effet, sur des amers multipliés. Très Bien
Sancerre, les Culs de Beaujeu 2009, domaine François Cotat : Nez léger et frais, finement citronnée, plus sur l’élégance que la corpulence. Bouche sur une impression de sucres résiduels assez marqués, et plutôt mal équilibrés par une amertume prégnante et peu agréable. Finale marquée (salinité concentrée). Bof
Penedès, Mas La Plana Cabernet Sauvignon 1999,  Miguel Torrès : superbe nez m’évoquant les « vieux » bordeaux de noble origine : boisé élégant, notes terpéniques et boîte de cèdre, le tout avec un substrat bien fruité (fruits noirs, kirch). Bouche à l’avenant, impression de belle douceur, corpulence parfaitement maîtrisée. Maturité ultime du raisin. Un supplément  d'amers végétaux très salivants (vendanges entières ?) vient étirer une bouche et une finale sur une aromatique superlative. Comme quoi, le Cabernet Sauvignon peut faire de beaux vins sans poivron. Excellent (+)
Marsannay, les Longeroies 2014, Domaine Denis Mortet : un grand nez de pinot noble, fruité, nuiton sur des notes évoquant le Gevrey (fruits noirs, notes de réglisse), une pointe tannique bien présente et qui donne du caractère, et une impression de végétal noble (ronce). Bouche jeune certes, mais d’une élégance tirée par une acidité maîtrisée. Volume tannique avec du relief, sur une base  fruitée, de grande acidité et encore sur un fruit vif. Joli grain tannique, jusqu’à une finale épurée. Très Bien + (+)
Rully premier cru Gresilly 2013, domaine Paul et Marie Jacqueson : nez salivant et très prometteur, floral, corpulent, sur une fine (micro) minéralité (presque Chablisienne). A l’aération, notes mentholées ultra-fraîches. Bouche tendue, très tendue. Belle aromatique fine, alliée à une acidité qui laisse un gros potentiel au vin. Excellent
Sancerre, la Jouline 2010, domaine du Carrou : Nez citronné, finement ciselé, laissant une impression complexe, entre gras et anisé. Bouche sur une belle structure acide, végétal noble, amers salivants, une sorte de « sec tendre sans sucre ». Finale claquante sur des amers nobles et une acidité redoutablement équilibrée. Excellent
Saumur Champigny, clos Moleton 2008, domaine de St Just : Un Cabernet Franc bien mur au nez, sur des notes de fruits noirs (cerises), une impression de fraîcheur, un « grain » tannique déjà présent et, à l’aération, des notes de gentiane (amers anisés). Belle bouche d’un millésime frais, mais sans sous-maturité. Tannins souples mais laissant une grande empreinte sur une finale tenue (et tendue) par de beaux amers (ronce). Excellent +
Chablis premier cru La Forest 2005, domaine Vincent Dauvissat : Nez plutôt mutique, sans expression. Bouche (trop) marquée par un triptyque acidité - amertume - rondeur miellée complètement dissocié (quelques notes d’élevage en sus). Même l’aération et la remontée en température n’y feront rien. Bof
Vouvray, Clos de Venise 2012, domaine de la Taille aux Loups (Jacky Blot) : superbe nez très floral et frais. Complexité sur des notes de frangipane et de menthol, évoquant une impression « perlante ». Bouche totalement équilibrée, entre tension du cépage, minéralité fine et agréable, corpulence presque tannique et fraîcheur vivifiante. Superbe finale marquante, sur un registre d’élégance et de puissance maîtrisée, serrée, persistante (très !) et aromatique. Excellent +

Gewurztraminer Sélection de Grains Nobles, Grand Cru Zinnkopflé 1994, domaine Rominger : superbe nez complexe, sur les standards du cépage (rose, raisins secs), complété par une pointe rôtie (botrytis), une impression aromatique et une belle allonge. Bouche à l’avenant, excellentissime, volumique et ronde, tendue par l’acidité, les papilles excitées par une amertume « superlativement » noble. Finale exceptionnelle, sans lourdeur, vive, longue et aromatique. Mariage parfait avec des pâtes de fruits du chocolatier Hirsinger. Exceptionnel
Saumur, Coulée de St Cyr 2010, domaine de St Just (Arnaud Lambert) : un nez magnifique de chenin justement mur, floral, aromatique, avec ce côté « Brézé » semi-oxydatif que j’adore. Un soupçon grillé que l’on retrouve en bouche, qui est à la fois grasse, tendue et complexe. Finale qui serre et enserre la langue, avec une vibration superlative. Exceptionnel
DOC Valpolicella, Superiore 2002, Dal forno Romano : une aromatique très méridionale, fruits confiturés, amers prégnants plutôt dissociés, charge tannique et surtout alcoolique too much pour mon palais. Pas de plaisir possible pour moi.
Riesling Auslese**, Ürziger Würzgarten 2002, Karl Erbes : que dire, c’est un Karl Erbes ! Une valeur sure. Nez aromatique, sur les fruits exotiques, l’ananas, un côté frais / mentholé avec une pointe semi-perlante. Bouche sur un équilibre magistral, une acidité ciselée complètement intégrée, une liqueur fraîche, une aromatique grasse et tendue, sans lourdeur, un effet presque perlant vivifiant. Finale vibrante, longue. Excellent + (+) avec un potentiel énorme
Chassagne-Montrachet premier cru la Romanée 2007, château de la Maltroye : énorme déception avec ce vin, situé au (presque) firmament du domaine. Nez plutôt mutique, poudré sur le talc, une impression d’allonge acide un peu décharnée. En bouche, peu de choses à découvrir, si ce une forte amertume réglissée, amertume complètement dissociée, et qui devient stridente en finale. Encore un Bourgogne blanc vraiment pas au niveau (et pour plus de 50 € la bouteille, la pilule a du mal à passer). Décevant au possible
Coteaux du Languedoc Pic St Loup, cuvée Simon 2007, Clos Marie : nez très sudiste, sur un équilibre de fruits bien murs, bouche manquant un peu de définition. Pas de défaut mais pas non plus de grande qualité pour mon palais. Je préfère nettement les vins de l’Ermitage du Pic St Loup dans cette appellation. Bien
Chassagne-Montrachet premier cru Morgeot 2009, domaine Ramonet : grand nez de chardonnay, complexe et qui n’aura de cesse d’évoluer avec l’aération. Acidité poudrée et amandes douces, puis amers nobles sur le réglissé, une pointe végétale fraîche enfin. Bouche cristalline dans sa construction, complétée par une corpulence et une rondeur du plus bel effet, une acidité totalement intégrée et une allonge sur une base de zan (amertume signe des grands blancs). Finale claquante, superbe d’élégance, avec une sorte de douceur d’une persistance superlative. Excellent + (+)
Condrieu, Coteau de Vernon 2005, domaine Georges Vernay : au premier nez, une impression de vin du Jura ! Oxydation, certes ménagée, mais oxydation ! Derrière cette déviation, le vin reste malgré tout buvable : la puissance, la corpulence et l’exubérance du cépage en pâtissent nettement. Aromatique plus limitée sur un équilibre très tendu, limite acide. Première mauvaise expérience avec ce domaine et ce vin. A revoir
Arbois, Cuvée des docteurs (Melon à queue rouge) 2014, caveau de Bacchus (Lucien Aviet et fils) : très joli nez, à la fois minéral, floral et jurassien, sur un équilibre de chardonnay classique. Bouche avec une belle allonge, acidité juste, enrobage aromatique élégant, une pointe de réduction en sus. Finale d’une belle persistance. Vin jeune, tendu, d’un potentiel de garde très important. Très Bien +
Arbois, cuvée Tradition 1993, domaine Rolet P&F : nez superlatif, épices douces, curry, impression de douceur / de velouté qui marque déjà l’esprit (et les papilles), une pointe de fraîcheur mentholé en supplément. Si l’attaque en bouche est sans doute en retrait (léger manque de complexité), la suite est une véritable symphonie de saveurs, particulièrement sur la longueur. Douceur velouté, amertume intégrée, acidité fine et sensation de noix râpée sur la durée. Je crois que je viens d’achever mon coming-out ! Excellent + (+)

Bandol 2004, la Bégude : nez sudiste, sur une grosse trame fruitée mûre, une pointe d’amertume en complément qui apporte une note aérienne fraîche et élégante. Bouche très élégante, sur de beaux amers élégants, équilibrant une puissance / corpulence bien développée. Trame acide fine, qui laisse une allonge bien marquée. Un vin pour amateur de puissance mais qui sait rester accessible aux palais délicats. Excellent
Jurançon, Noblesse du temps 2010, domaine de Cauhapé : nez très évocateur déjà, sur des fragrances de fruits secs, d’épices douces et de passerillage. Bouche magnifique de complexité, une liqueur puissante et élégance, une sucrosité parfaitement intégrée à une acidité presque saline, une fraîcheur mentholée et une longueur superlative. C’est proprement magique (et un accord avec un vieux Comté 24 mois d’anthologie. Excellent + (+)
St Joseph, cuvée du Papy 2007, domaine de Monteillet (Stéphane Montez) : syrah classique au nez, floralité capiteuse, épice assez marquée et notes de sucrosité présente. En bouche, légère déception avec une impression de manque de définition. C’est certes bon mais l’acidité importante n’est pas (encore ?) totalement intégrée à la puissance et à la maturité du raisin. Déséquilibre à gommer dans l’avenir (?). Très Bien
Sauternes premier cru classé, château Lafaury-Peyraguey 1989 : Très grosse liqueur, sur des notes caramélisées, rôties, complexes. Sensation de rondeur élégante, amplifiée par une acidité intégrée. Superbe persistance sur une finale qui possède un grain presque tannique. Excellent ++
Pouilly-Fumé, Silex 2007, domaine Didier Dagueneau : Nez citronné, (trop) monolithique, sans caractère particulier. Bouche longiligne, manquant cruellement d’aromatique (et de tout !). Sans intérêt (vu le prix …)
Semaine prochaine, c’est direction Côte d'Or (Châtillonnais) pour régime !

Bruno

10 août 2017

Maison Jeunet à Arbois (39)

Qui dit Jura dit Arbois ; et qui dit Arbois dit Jeunet ! Je sais, la rime n’est pas très riche, mais fort d’une première expérience avec Jean-Paul Jeunet, la tentation était grande de « tester » la cuisine de Steven Naessens qui a repris les rênes de la maison depuis 2 ans maintenant.

Le changement dans la continuité et l’expression d’un modernisme nature(l) sont les mots qui nous viennent à l’esprit lorsque nous pénétrons dans le restaurant : « La simplicité est l’ultime sophistication » comme le suggère habilement le site de la maison (Leonard de Vinci).

Après une rapide discussion, nous optons pour le Menu « Point d’Equilibre » parfaitement dosé pour un déjeuner estival :

Fera et Thym de Montagne
Fenouils Confits et Crème de Yaourt Fumée
Cuisson nacrée parfaite du poisson, assaisonnements millimétrés pour une complexité et une explosion des saveurs

Escargot et Chou Rave
Pousses d’Epinard et Vinaigrette de Viande à la Réglisse
Superbe plat jouant sur un double registre tellurique et fin

Lotillon et Gingembre
Céleri Rave à l’Huile de Citron, Lard Cul Noir et Persil
Un terre-mer de haute voltige, relevé (s’il le fallait !) par l’association gingembre / céleri / citron

Pigeon et Carotte Blanche
Cresson de Fontaine de Simian Cuit et Cru
Quelle viande (goût, puissance, légère acidité noble), quelle cuisson rosée, quelles saveurs ! Ce pigeon-là ira très loin

Les Affinés à Souhait du Pays Comtois et de France
L’assiette suffit à elle-même

Mûre et Coriandre
Sur une Madeleine aux Myrtilles
Même en n’étant pas particulièrement un bec sucré, ce dessert est une parfaite façon à terminer un repas dont la constance dans l’excellence est le maître-mot !

Pour accompagner le repas, nous avons bénéficié des conseils très avisés du sommelier, alliés à une connaissance fine et pointue de sa carte et des plats proposés. Voilà en substance le consensus sur lequel nous sommes arrivés :

En apéritif, un Côtes du Jura, Chardonnay 2014, domaine de la Pinte : un vin fruité (sur les fruits jaunes), une belle maturité de raisin, un côté floral et tendu et une fine acidité minérale très élégante. Belle entrée en matière. Très Bien +

Avec la Fera et le Lotillon, un Côtes du Jura, En Rolion 2011 (Savagnin ouillé), les Dolomies (Céline et Steve GORMALLY) : nez fumé, sur une aromatique presque « sucrée » (c’est un vrai sec évidemment), avec une belle acidité. Nez naturel (nature) du plus bel effet, sans défaut, avec des notes d’épices douces et une salinité salivante. Magnifique empreinte en finale, avec des amers nobles superlatifs, une tension salivante et un « faux-enrobage » qui tapisse les papilles. Excellent +

Avec les Escargots et le plateau de fromages, un Côtes du Jura, La Mailloche 2007, Stéphane Tissot : un chardonnay typique mais pas que ! Un grillé noble, une pointe jurassienne (jurassique !) fine et minérale sur le caillou. Mon impression : « ça meursaulte ! » avec un complément d’acidité et sans doute moins de gras. Remontée sur la réglisse et le champignon avec le plat, complexité sur des notes de cognac et de fine acidité. Excellent ++

Avec le pigeon, un vin servi à l’aveugle : nez sur un gros fruit assez acidulé, une impression « nature », un côté glycériné que je retrouve parfois sur le Grenache. Léger perlant qui confirme le vin nature. En bouche, grande et belle acidité gouleyante, pouvant évoquer le Gamay. Peu de tannins. Rondeur qui se développe à l’aération. Accord presque parfait avec le pigeon et sa chair fine / puissante. Les uns pensent à un Beaujolais, je pars sur un Grenache construit sur la gourmandise, évidemment, il s’agit d’un Côtes du Jura, Trousseau 2015, domaine de la Loue ! Bien joué. Excellent ++

Avec le dessert, un Vin de Paille 2010, domaine Morel : nez sur les raisins secs, une pointe muscatée et un rôti évoquant des amers type rhubarbe. Bouche de sucrosité élégante, avec un enrobé léger. Finale allongée sur la peau de noix. Excellent

En conclusion, confirmation d’une succession revendiquée (en particulier dans les amuse-bouche) et pleinement réussie, accueil cordial, service précis et décontracté, assiettes de très haut niveau et un sommelier au sommet de son art (« malgré » son jeune âge !).
Grande adresse à un prix raisonnable, en particulier pour la carte des vins, qui sait allier tradition et modernité. Steven Naessens s’inscrit totalement dans la lignée Arboisienne. Un avenir éclatant est d’ores et déjà tracé.

Quelques photos de l'ambiance pour terminer.

Bruno

4 août 2017

Lux Salina

Cet été, la Saline royale d’Arc-et-Senans a proposé un spectacle intitulé Lux Salina, sorte d’opéra post-moderne conçu par la compagnie « Spectaculaires », suivant une scénographie de Dominique Landucci.

Le spectacle de 40 minutes retrace l’histoire de la Saline royale en sept tableaux (fresques vidéo animées) mettant en valeur l’architecture utopiste et avantgardiste de Claude-Nicolas Ledoux : le prestige, le travail, la destruction, la libération, le renouveau, le futur et le secret de la saline.
Chaque tableau associe des images animées de très grand format, des jeux de lumière, des musiques représentant l’histoire de la saline, depuis le XVIII° siècle jusqu’à nos jours, et une « caravane de sel » composée d'une centaine de figurants.
Ce son et lumière nouvelle génération est rythmé par la narration du comédien Daniel Mesguish.

Visite en images ...



Bruno

Dégustation chez Lucien Aviet (Caveau de Bacchus) à Montigny les Arsures (39)


Au hasard d’un repas au Relais d’Arc et Senans (très belle table), nous avons bu un Arbois, Melon à Queue Rouge 2015 du domaine Lucien Aviet (Domaine de Bacchus) qui nous a fort séduit.
Ni une ni deux, nous voilà à Montigny les Arsures pour une dégustation de quelques crus régionaux.
Arbois Trousseau 2014 : beau nez sur le fruit, conjuguant épices et fruits rouges, une pointe tannique juste comme il faut en sus. Bouche gouleyante, immédiate, sur les fruits épicés, avec un grain tannique salivant. Belle fraîcheur (acidité) en finale. Vin de copain diablement séduisant. Très Bien +
Arbois Melon à Queue Rouge 2014 : nez sur une réduction noble, alliée à la fois à une fraîcheur et une structure florale. Très belle bouche. Derrière la réduction toujours présente, allonge du cépage, minéralité fine et équilibre entre l’acidité et un gras élégant. Très belle finale claquante pour un vin en devenir. Excellent
Arbois Savagnin 2008 (100 mois de fûts) est un vrai faux vin jaune. Nez sublime et sublimé, entre noix et curry. Empreinte et fraîcheur dominent. Bouche de jaune, il faut le dire. Epices douces, curry, acidité redoutable (dans le bon sens du terme), noix et pointe dalcool se complètent pour une magnifique finale … sur les champignons. 15 km plus loin, j’en ai encore le goût en bouche ! Exceptionnel
Troisième et dernière superbe dégustation.
Bruno